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Suzanne Magne Atangana : « j’aimerais que Hâpyface devienne le Colette africain à Paris »

Suzanne Magne Atangana a créé l’e-shop Hâpyface : un concept-store dédié aux créateurs africains, en phase avec le marché de la mode.

Les boutiques en ligne dédiées à la promotion de la mode dite africaine ou à la création « made in Africa », il y en a pléthore. Mais combien d’entre elles parviennent à se démarquer sur le marché hexagonal avec un positionnement capable de les inscrire dans la pérennité ?

Suzanne Magne Atangana, jeune entrepreneuse française d’origine camerouaise, a fait le choix de s’affranchir de la récupération marketing du wax, pour mieux mettre en valeur la vision de la mode des créateurs afrodescendants qu’elle sélectionne, en les sortant des carcans dans lesquels ils sont enfermés.

Son créneau : offrir un réseau de distribution mainstream à des créations « afro-owned  » – des vêtements aux chaussures, en passant par les accessoires et la maroquinerie – jusque-là réservées à une niche. Et embrasser une clientèle multiple et branchée. Avec Hâpyface –  de hâpy, personnification divine du Nil dans la mythologie égyptienne, symbole de fertilité et de prospérité – elle espère bien offrir à terme un Colette africain à Paris.

De quels constats êtes-vous partie avant de lancer Hâpyface ?

Quand on crée une entreprise, on part souvent d’une frustration personnelle. Je suis passionnée par l’industrie de la mode depuis un certain nombre d’années. Au fil des années, j’ai pu constater que les jeunes créateurs africains que je découvrais faisaient des choses incroyables mais qu’il n’avaient pas nécessairement d’espaces pour exposer leurs créations : en tant que consommatrice, c’était frustrant. Et lorsqu’ils en avaient, les espaces ne me ressemblaient pas. Une boutique, c’est aussi un univers qui valorise la clientèle.

D’autre part, il y a une émergence de la création africaine, de plus en plus de défilés, mais le réseau de distribution est quasi inexistant. En tant qu’Africaine, j’ai ressenti le besoin d’apporter ma pierre à l’édifice en créant.

Aviez-vous déjà un background dans l’entrepreneuriat avant de lancer Hâpyface ?

Ma mère était commerçante à son compte, et dans mon entourage il y a un certain nombre de chefs d’entreprise. J’ai baigné dans cette culture de l’entrepreneuriat, malgré 12 ans passés dans une toute autre structure que le secteur de la mode. J’ai attendu le moment d’être suffisamment mure avant de me lancer.

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Sweat gris en coton biologique col et manches blancs SALYEL, 185 € – © Hâpyface / Sweat gris en coton biologique col bleu et bords noirs SALYEL, 165 € – © Hâpyface

Pourquoi avoir choisi un créneau strictement afro-caribéen, et comment se démarquer de la concurrence à l’heure où la mode afro a le vent en poupe ?

Je me positionne comme un concept-store. Nous sommes une jeune entreprise en construction, mais notre différenciation va se jouer sur une offre de créations dédiée à tout le monde, aux non-africains inclus, sans qu’il y ait de rejet.

Aujourd’hui, lorsque l’on parle de création africaine, on l’assimile d’emblée au wax. Avec Hâpyface, nous parlons de créateurs africains et pas de mode africaine. Chacun des stylistes a sa propre vision de la mode et travaille toutes sortes de matières. L’idée, c’est de les sortir de ces carcans et de les distribuer à échelle mainstream, à prix accessibles et à une clientèle branchée.

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Sac à franges cuir rouge AYINKESHET – 139 euros € – © Ayinkeshet

Les créateurs font-ils partie de la diaspora africaine ou sont-ils basés sur le continent ?

Nous proposons des créateurs de la diaspora et du continent. Nous sommes en train de travailler avec une marque basée au Cameroun, nous collaborons avec le styliste sud-africain, Maxhosa by Laduma, et en juillet nous accueillerons un créateur du Gabon. Qu’ils soient basés à Accra, New York ou Paris, les créateurs sont avant tout sélectionnés pour leur créativité, leur positionnement premium. On recherche aussi des signatures, des propositions décalées mais qui s’adaptent au marché actuel, qui puissent se vendre.

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Pochette imprimée en coton HA RA Brand – 60 € / © HA RA Brand

Comme tous les retailers, nous collaborons avec les créateurs sur un temps donné, puis nous travaillons à la négociation. Avant de parvenir à vivre des fruits de son entreprise, il y a un cheminement à suivre. Nous faisons les choses dans l’ordre, et comme il se doit pour que la start-up devienne prescriptrice.

L’ambition, le rêve d’Hâpyface est de devenir le « Colette Africain » à Paris. Je pense qu’il y a de la place pour ce genre de projet. Les créateurs africains qui nous rejoignent le méritent. Dans notre niche, je n’ai pas l’impression qu’il y ait de positionnement comme le nôtre.

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Porte lunettes en cuir marron J’T’DANS LA PEAU – 115 € / © J’t’dans la peau

« Un colette africain à Paris ». Le but, à terme, est-il d’ouvrir aussi une boutique physique ?

Nous sommes une entreprise digitale. Mais comme tout pureplayer, une présence physique est nécessaire. On travaille sur une levée de financement pour atteindre ces objectifs à moyen terme et créer quelques emplois. Le but de toute entreprise est de créer de la valeur. Pour le moment, nous préparons une deuxième version du site avec une nouvelle identité qui sera dévoilée d’ici le printemps prochain, pour être en accord total avec nos valeurs.

Découvrir les créateurs de Hâpyface sur le site : ici.