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Qui est Yann Gael ?

Interview cinéphile de l’acteur Yann Gael, que certaines ont dû découvrir aux côtés de Gérard Darmon, dans la série policière Duel au Soleil sur France 2.

Yann Gael a fait ses armes au Cours Florent, l’école de formation au théâtre prisée par de nombreux acteurs en herbe. Même s’il ne fait pas figure d’exception, l’acteur est sans doute l’un des rares comédiens noirs issu de cette institution parisienne, et qui plus est du Conservatoire – il a campé Chocolat sur les planches – à se retrouver sous les projecteurs du service public dans un premier rôle. Une visibilité qu’il n’a pas démérité. A l’instar de son personnage, le policier Sébastien Le Tallec, avec qui il partage les racines bretonnes, le Camerounais d’origine est déterminé et ambitieux. Il donne la réplique à Gérard Darmon, le commissaire Renucci dans cette série aux accents de « buddy movie », qui se déroule sur l’île de beauté. Le théâtre, la télé, et aussi le cinéma : un art auquel Yann s’est frotté à deux reprises dans des films d’auteur français. Mais, l’acteur est loin d’avoir dit son dernier mot. Quand on lui a donné rendez-vous au café Les Editeurs, logé dans le 4e arrondissement de Paris, à deux pas du quartier des artistes de Saint-Germain des Prés, on a découvert quelqu’un de spontané, aux goûts et au positionnement affirmés, qui répond sans hésiter. Yann Gael fait montre de sagacité dans ses choix, et d’une passion inconditionnelle pour le 7e art et la création audiovisuelle. Un amour pour son métier qui l’amènera, à coup sûr, là où il le souhaite !

Yann Gael

Un film culte ?

Bienvenue à Gattaca ! Pour ce type, Vincent Freeman, incarné par Ethan Hawke dans le rôle principal, que l’on considère comme imparfait, mais qui à force de désirs et de détermination finit par monter dans une fusée pour aller conquérir le ciel. Il y a cette scène où il parle avec son frère, lequel lui demande comment il parvient à aller toujours plus loin. Vincent lui répond tout simplement qu’il n’y a pas un seul moment où il pense au retour. Ça, c’est un truc qui me guide. Quand on fait des choix, qu’on se lance dans quelque chose, on ne revient pas en arrière : on y va ! L’important, c’est ce qu’on veut. Et là où on veut aller. Et bien sûr, Love Jones de Theodore Witcher : un classique !

Un réalisateur avec qui vous rêveriez de tourner ?

J’aimerais beaucoup travailler avec Steve McQueen : réalisateur afro-britannique plusieurs fois récompensé pour son œuvre (Caméra d’or au festival de Cannes pour Hunger en 1999; Oscar du meilleur film pour Twelve Years a Slave en 2014, ndlr). Je ne le savais pas, mais il se rend régulièrement à Paris. Je l’ai rencontré il y a quelques mois, et on a parlé de la situation des noirs de France. J’aime beaucoup son cinéma, il y a quelque chose de l’ordre de l’évidence, quelque chose d’hypnotique. Il fait vraiment œuvre, et j’ai beaucoup de respect pour ça. Pour un acteur, jouer dans ses films, c’est accepter de se perdre. Ce sont des histoires qui racontent de grands vertiges, avec une recherche de l’essentiel.

Yann Gael
Steve McQueen recevant l’Oscar pour « 12 Years a Slave », mars 2014 – Los Angeles.

Vous faites partie de ces acteurs cinéphiles : une évidence ?

Le culte de l’ignorance ne sert pas à grand-chose. Il faut connaître l’univers des réalisateurs pour savoir où on met les pieds quand on accepte un projet, quels risques on prend, et de quelle façon on s’engage à travailler avec telles personnes.

Avez-vous le sentiment d’appartenir à une famille de comédiens, ou êtes-vous plutôt un électron libre ?

Les deux ! Une famille pour moi, ce sont des gens qui vous connaissent et vous reconnaissent. Ma famille pour l’instant, c’est France 2, mon agence et ma manager, qui m’aident à faire le tri pour participer à des projets intéressants. Je suis aussi un électron libre dans la mesure où je réponds à mes désirs et mes envies. Si on attend d’être invités ici et là avant de faire des choses, on ne va nulle part. Je m’invite moi-même (rires) !

Un rôle qui serait taillé sur mesure ?

D’une certaine façon, chaque personnage que j’interprète révèle quelque chose de moi. Mais un rôle taillé sur mesure reviendrait à ne parler que de moi. Or, ça ne m’intéresse pas. Je campe des personnages au service d’une histoire, pas la mienne. Il ne s’agit ni de moi, ni de mon ego. En tant qu’acteur, on reçoit de la lumière, mais ce n’est que la conséquence de ce que l’on fait. Certaines personnes me reconnaissent dans la rue, et ça me fait chaud au cœur, c’est sûr. Surtout quand ça les touche. A l’époque où l’on jouait la pièce Chocolat – une création co-écrite par Marcel Bozonnet, ancien administrateur de la Comédie Française, et Gérard Noiriel, ndlr – je me souviens qu’une dame m’a pris la main à la fin de la représentation à Marseille. Elle m’a dit ″merci, j’ai compris″, avant de se mettre à pleurer. Je pense qu’on s’est tenu les mains pendant au moins 10 mn. De tels échanges sont incroyables. Et là, il n’y a pas de caméras : seul ce que l’on a donné reste. J’ai envie de donner de la force aux gens, et du courage. Parce que l’important, c’est de s’accueillir.

Yann Gael

Avez-vous déjà songé à tourner pour des productions africaines ?

Le cinéma africain me reste encore à découvrir… Mais un film comme Mother of George du Nigerian Andrew Dosunmu, avec Isaach de Bankolé, est tout simplement magnifique. Il y a énormément de narrations à apporter au cinéma. C’est ce que j’ai pu découvrir lors de la dernière édition de la Nollywood Week – qui s’est tenue du 2 au 5 juin dernier, ndlr – en tant qu’invité à l’Actor Studio. Je pense qu’il faut retisser le lien avec l’Afrique.

Outre Duel au Soleil, avez-vous d’autres projets ?

On me verra dans un feuilleton italien pour la RAI, Il Sogno Di Ricco (Marco Pontecorvo), où je joue un boxer dans le rôle principal.

 

Duel au soleil
Duel au soleil

Image Une : © John Lander