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Interview d’Adama Ndiaye : en direct de Dakar !

adama paris

Entretien avec la créatrice Adama Ndiaye, à l’occasion de l’édition 2016 de la Dakar fashion week, qui prendra fin le 8 juin.

Adama Ndiaye est à l’origine de la marque Adama Paris et de la Dakar Fashion Week. Entretien avec cette designeuse originaire de Kinshasa, libre et ouverte sur le monde, qui nous a parlé de sa vision de la mode africaine : universelle et contemporaine.

Vous êtes en pleine Dakar Fashion week : un mot pour décrire ce show dont vous êtes à l’origine ?

Dakar est ma ville, j’y vis. La Fashion Week est un événement qui met en avant des créateurs de toutes les régions d’Afrique. Cette année, on a également fait appel à des designers du monde entier pour montrer une mode qui rassemble. Et l’Afrique telle qu’on la vit, nous, avec son dynamisme et son entrepreneuriat. Je souhaite que les visiteurs se rendent compte de cela en regardant ce spectacle qui dure depuis 14 ans !

Dakar Fashion Week 2016 - © @Dakar_Fashion_week
Dakar Fashion Week 2016 – © @Dakar_Fashion_week

Outre le talent et le savoir-faire, quelle qualité majeure recherchez-vous chez un designer ? Quel est votre rôle pendant la Dakar Fashion Week ?

L’originalité bien sûr ! Je recherche des créateurs qui ont de l’audace. A la Dakar Fashion Week, on sollicite une mode actuelle, contemporaine. On privilégie les créateurs que l’on peut vendre ailleurs aussi. L’idée n’est pas simplement de défiler, d’applaudir et de partir, mais de réaliser des ventes derrière; de placer les créateurs aux Galeries Lafayette – nos partenaires – ou dans d’autres points de vente. Je pense global. Le but étant de faire sortir les créateurs africains hors du continent. En clair, je cherche à vendre une mode africaine qui puisse se porter par une Européenne, une Asiatique, par toutes. On se positionne en tant qu’acheteurs, critiques.

C’est un raccourci, mais ce qui fait l’ADN de la mode africaine en ce moment : c’est le wax. Il y a toute une vague qui est récupérée par de nombreux créateurs : comment on fait le pont entre l’argument markéting et l’originalité justement ?

Plus qu’un raccourci, c’est un autre chemin ! Ce sont les Hollandais qui ont importé le wax en Afrique, puis nous nous le sommes plus ou moins approprié. La mode africaine, ce sont les couleurs ! Mais aussi des formes et des textures. A commencer par les tissus, comme le tika, le kenté (Ghana), le bogolan (Mali) etc. Chaque pays d’Afrique a un tissu, des spécificités et un savoir-faire propre. En matière de mode, l’Afrique francophone n’a pas les mêmes codes que l’Afrique anglophone. Donc, on ne peut pas réduire la mode africaine à un seul mot. Nous ne le ferions pas pour la mode européenne.

Dakar Fashion Week 2010 - © @adamaparis
Dakar Fashion Week 2010 – © @adamaparis

Quels changements avez-vous constaté depuis la première édition de la Dakar Fashion Week ?

Nous avons été plus ou moins les précurseurs de ce genre de formules sur le continent. Aujourd’hui, il en existe de plus en plus. Malgré tout, les critiques vis-à-vis des normes, notamment, demeurent. Alors qu’on essaie de se structurer. Le professionnalisme vient avec le temps, mais aussi avec l’argent. Il faut savoir que la majeure partie des fashion weeks organisées en Afrique sont emmenées par des individus, et non par des consortiums ou par L’Etat. On l’oublie trop souvent. En outre, en tant que créateurs, nous avons plus de reconnaissance et de visibilité, et nous donnons la chance à de nouveaux talents; tout en créant un vrai rassemblement. En ce moment à Dakar, il y a un réel engouement. Des affiches sont collées partout, les gens sont super enthousiastes. Certains sont à Dakar, en vacances, simplement pour assister à la Fashion Week. Donc, ce n’est pas que de la mode. L’événement crée une dynamique et surtout une appartenance. Tout le monde se retrouve pendant une semaine à vibrer autour d’un projet commun. On a notre Fashion week comme Paris a la sienne : c’est important pour la jeunesse et la culture.

dakar Fashion Week 2012 @Dakar_Fashion_week
dakar Fashion Week 2012 @Dakar_Fashion_week

En tant que créatrice, votre mot d’ordre est de créer un pont entre l’Afrique et l’universel… 

Tout à fait. Je fais une mode multiculturelle, qui n’impose rien aux femmes. J’adorerais qu’une de mes robes soit portée avec du Dior par exemple. Ce qui me plait, c’est de proposer une mode que chaque femme peut s’approprier. Une mode africaine ancrée dans ses racines, mais à la fois complètement internationale.

Comment distribuez-vous vos créations, lesquelles sont disponibles à New York, Tokyo, Londres, Paris ? Et comment en arriver là ?

J’ai participé à de nombreux salons du prêt-à-porter, comme le Who’s Next à Paris, mais aussi en Espagne, et à des défilés. C’est là qu’on trouve les acheteurs. A Paris par exemple, j’ai trouvé mon meilleur client japonais ! Raison pour laquelle j’incite les créateurs africains à investir sur leur marque. Je suis consciente du manque de moyens pour certains, mais ces événements sont des passages obligés pour acquérir de la visibilité et des acheteurs potentiels. Autrement, il est difficile de sortir de l’Afrique et d’en tirer quelque chose. Même pour la création, c’est important de voyager. En me frottant à des designers venus d’Afrique du Sud, de New York ou d’Espagne, mon style a énormément évolué. On ne peut pas s’enfermer : rencontrer d’autres gens crée une dynamique.

Justement, vous êtes une globetrotteuse : vous vivez à Dakar mais partagez votre vie entre Los Angeles et Paris. Les voyages font partie intégrante de votre source d’inspiration…

Les voyages : c’est toute ma vie. Mes parents sont diplomates. Donc, même avant de devenir créatrice, je voyageais. Je me rends compte de la chance que j’aie. Au-delà de nourrir ma vie personnelle, toutes ces belles rencontres et ces séjours nourrissent ma vie professionnelle. Ma collection actuelle se concentre sur les femmes sahéliennes, que j’imagine modernes à New York avec un turban etc. Ces voyages inspirent vraiment mes collections. J’ai un appartement à Paris, et ma vie est à Dakar : mais je suis une nomade ! En plus, je suis originaire d’un peuple de bergers. Je dois avoir cela dans le sang (rires).

Haby Taylor Sall en Adama Paris - © @adamaparis
Haby Taylor Sall en Adama Paris – © @adamaparis
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Adama Paris, collection 2016 – © @adamaparis
Adama Paris, collection 2016 - © @adamaparis
Adama Paris, collection 2016 – © @adamaparis

Donc Adama Paris, c’est une femme libre ?

J’ai beaucoup de responsabilités, en plus de ma marque Adama Paris et Adama Fashion Event, j’ai la télé et beaucoup de business – Adama Ndiaye est également fondatrice de la chaîne dédiée à la mode Fashion Africa TV, et de la Black Fashion Week qui a lieu chaque année à Paris et à Montréal, ndlr. Mais je n’aime pas les cadres, ni être fermée dans un style particulier. Ce qui m’intéresse, c’est raconter mon histoire. L’avantage de mon métier ? Être libre dans ma tête et dans mes choix !

Adama Ndiaye présentera la nouvelle collection d’Adama Paris au Labo International le week-end du 11 et du 12 juin prochain.

dakarfashionweek.com