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[MUSIQUE] Batuk : quand la jeunesse sud-africaine célèbre la liberté

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Batuk déversait son afro-house cathartique le 16 mars dernier au Badaboum, à Paris. Un projet sonore qui célèbre la jeunesse sud-africaine libre.

Le trio panafricain de Batuk  – escorté à la production par quelques trublions venus d’Ouganda et du Congo – défendait son premier album, Musica de Terra, devant un public de vingtenaires exaltés. Parce que ces millennials sud-africains incarnent avant tout l’élan d’une jeunesse éprise de liberté.

« Pour moi, le message est simple. Nous pouvons à présent faire ce que bon nous semble. L’ère post-apartheid est synonyme de tant de liberté, les possibilités sont immenses », s’est exclamé, backstage, le producteur Spoek Mothambo, déjà bien connu de la niche électro pour avoir collaboré avec quelques grands noms comme Damon Albarn.

Cette génération post-apartheid ne souhaite qu’une chose : vivre « sans restriction » et que « la fête continue », lâche d’abord la vocaliste Carla Fonseca, puis le bidouilleur du son Aero Manyelo. « Il y a quelques mois, je suis retourné dans la province de Limpopo et j’ai vu les dompass – les passeports intérieurs – qui permettaient aux gens ou non de vivre ou de travailler dans telle ou telle région », confie ce dernier avec amertume avant de se faire couper par son acolyte. « On avait vraiment affaire à un droit de liberté complètement abstrait », constate Spoek.

« Même en 1994, date correspondant à la libération de Mandela, en tant que Sud-Africain noir, nous devions demander la permission de vivre dans une banlieue blanche, en allant sonner de porte en porte pour savoir si les gens nous autorisaient à vivre parmi eux. Maintenant, on peut vivre où on le souhaite », enchaîne Carla. L’émotion est encore bien palpable. On sent les membres de Batuk remués, rattrapés par une réalité historique pas si lointaine. Et un besoin urgent de s’en libérer.

Cette urgence, on la constate aussi sur scène. La fréquence des beats électro est effrénée, les mouvements sont vifs, l’énergie est contagieuse, le phrasé tantôt scandé en Portugais, en raison des origines mozambicaines de la chanteuse, tantôt en Anglais est pressé. Profiter, vivre.

« On fait avant tout de la dance music, une musique qui se danse et qui touche beaucoup de monde, qui résonne. Musica de Terra a cette forte influence lusophone qui aurait pu être une mauvaise idée, mais finalement ça marche et même ce soir le public français chantait les paroles ! », s’enthousiasme Carla.

Un choix linguistique qui ne relève pourtant pas du fruit du hasard. Connecter les différentes régions du monde, Mozambique, Amérique du Sud, Angola et les pays d’origines latines, tel était aussi l’objectif du groupe. Parce que Batuk n’a pas de limites ni de frontières. « Notre son est international », explique Spoek. Musica de Terra : une musique universelle.

Les références sont crossover allant de la techno européenne à la house anglo-saxonne, en passant même par le zouk passada et bien sûr les accents afro (percussions et chants traditionnels comme sur « Daniel »).

La liberté se traduit en beats mais aussi en paroles. Avec des titres comme « Força Força » et « Puta », Carla chante haut et fort, sur fond de female empowerment, le ras-le-bol général des femmes confrontées au harcèlement sexuel au quotidien.

« L’Afrique du Sud a le taux de viol le plus élevé du monde, rappelle la leadeuse qui est apparue désencombrée de sa chevelure bouclée, le crâne rasé pour des raisons de tournage. Ce n’est pas confortable pour une femme de se promener tranquille et d’être elle-même. Mais aujourd’hui en Afrique du Sud, il y a de plus en plus de féministes, de manifestations et de women’s march », concède-t-elle.

La liberté d’être qui nous sommes, c’est le message final de Batuk : l’ « Ultima Movement », morceau que l’on n’entendra pourtant pas sur scène ce soir-là. Cette idée que « nous ne formons qu’un, que nous sommes tous pareils, les hommes, les femmes, les Noirs, les Blancs, que nous avons tous le sang de la même couleur » !