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Yemi Alade : la fiancée de la naija pop

yemi alade

Retour sur l’ascension de Yemi Alade, fiancée de l’afro pop, à l’occasion de son concert qui se tiendra ce soir au Trianon. La nigériane défendra son dernier opus : Mama Africa !

Yemi Alade, 28 ans, s’est imposée sur la scène de l’afro-pop en seulement deux ans. Avec le tubesque « Johnny » – publié sur son premier album King of Queens (2014) – l’artiste nigériane est parvenue à séduire un public à la fois anglophone et francophone, en raflant le prix de la meilleure artiste féminine aux MTV African Music Award, deux années consécutives (2015-2016), tout en dépassant les frontières du continent.

Un morceau visionné plus de 60 millions de fois sur YouTube. Autant dire, un carton. « Je ne m’attendais pas à un tel succès, surtout qu’à l’origine, le titre ne devait pas être publié. Il a leaké sur Internet. On n’a rien planifié. C’est grâce à Dieu », avoue l’artiste.

Depuis, Yemi Alade continue à insuffler son énergie, sa positivité et son amour pour l’Afrique avec Mama Africa, qu’elle défend sur scène. Mais pas question pour la « Yoruba-Igbo girl » de déverser son flow sur des plages synthétiques. Musicienne et danseuse dans l’âme, c’est accompagnée de huit membres d’Ova Sabi band – son groupe officiel habituellement composé de 20 musiciens – que Yemi Alade apportera « la culture africaine » dans l’enceinte du vieux théâtre parisien.

The Yoruba-Igbo girl

Si Yemi Alade ne parvient pas expliquer les raisons de son succès, elle le doit sans doute à sa capacité à transmettre une énergie solaire. « La bonne musique finit toujours par résonner dans le monde et par toucher les gens, qu’ils soient Africains, Blancs ou Noirs », confie celle qui a fait ses classes dans une chorale. « Même si les gens ne comprennent pas la langue, ils aiment ma musique. C’est un honneur pour moi ».

Exit les frontières géographiques et les barrières linguistiques, Yemi Alade chante en Anglais, mâtine ses paroles de Yoruba et d’Igbo – ses langues maternelle et paternelle – en y injectant du slang nigérian convoquant les textes du roi de l’afro-beat, feu Fela Kuti, et son fameux « Ayakata » (que l’on pourrait traduire par « chaos », « vacarme »).

Un artiste qui demeure une référence pour la jeune femme. « Fela a tout de suite dit la vérité à travers sa musique alors que nous venons d’un pays où, hélas, le gouvernement abuse de son pouvoir, où la liberté d’expression n’existe pas vraiment, regrette-t-elle. En grandissant, j’ai vraiment appris à respecter son art. Il continue à influencer de nombreuses personnes ».

Ce sens du style (l’« effizy » en slang) et de la stylistique, elle le doit à une mère polyglotte. « Elle parle 10 langues africaines et m’a transmis ce goût pour les langues », avoue la vocaliste qui n’a pas hésité à proposer différentes versions de ses hits, de « Na Gode » en Swahili à l’indétrônable « Johnny » en Français.

Pop naija et africanité

Yemi profitera peut-être un jour de son exposition médiatique pour suivre les traces de Fela en politisant ses textes. Pour l’heure, elle souhaite continuer à véhiculer un message positif. « Il y a tant de médias qui parlent des choses horribles qui se passent au pays que, pour le moment, je ressens le besoin de transmettre de la positivité. Parce que cela aussi, ça compte ».

A l’exemple de ses homologues venus de la naija pop, que comptent Wizkid, P-Square, Tiwa Savage, autant de noms qui résonnent aujourd’hui à l’international et font danser la jeunesse biberonnée aux bandes FM, elle souhaite avant tout exporter la pop musique africaine. « Au Nigeria, il y a tellement d’artistes que cela nous a aidé à émerger. La musique nigériane est aujourd’hui partout. La nouvelle génération joue un rôle différent pour faire avancer les choses encore plus loin », admet-elle.

Derrière l’apparent sentimentalisme de ses textes se cache surtout un amour inconditionnel pour le continent. Celle que ses amis appellent « Mama Africa » – surnom qui a donc donné naissance au titre de son 2e essai – promeut l’Afrique et revendique son africanité. « Au-delà des frontières, des différentes langues, je suis Africaine. On parle de musique africaine, d’artistes africains avant tout. On est tous Africains, à travers notre couleur de peau, notre attitude… C’est ce qui nous compose », clame-t-elle.

D’où le titre-hommage au berceau de l’humanité sobrement intitulé « Africa », qui s’adresse autant à la diaspora nostalgique qu’au reste du monde comme pour rappeler que « nous ne formons qu’un, que nous avons tous la même couleur de sang », conclut Yemi qui souhaite que les artistes « s’engagent à brandir le ″drapeau africain″ ».

(Re)voir notre rencontre avec Yemi Alade en Facebook Live :