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[Interview] TchopDye, la rencontre du rap, de l’électro et des sonorités camerounaises

TchopDye Jade & Gassam

Entretien avec Jade, Gassam et Balthazar, noyau du groupe TchopDye : un mélange de rap, d’électro et de musique camerounaise.

Après un premier EP en 2013, le groupe TchopDye revient sur le devant de la scène avec Jade au chant, Gassam au rap et Balthazar à la basse et à la production. Avec un nouvel album en préparation et la présentation de son dernier clip « Boss » le combo revient avec une nouvelle formule. Entretien avec ce trio de choc qui n’hésite pas à mélanger les styles et les influences pour un résultat qui donne envie d’en savoir plus…

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Jade : Le premier contact que j’ai eu avec TchopDye, c’était avec Balt (Balthazar, ndlr) le producteur. Il m’a donné les sons de « Boss » et « Désintégré » pour que je puisse voir la manière dont je pouvais intervenir dessus. Je suis un peu compliquée au niveau de mes collaborations, mais j’ai bien écouté et la musique m’a vraiment parlé. J’ai aimé la production, le rap, la mélodie…

Gassam : Avec Balt, c’est une longue histoire. Nous avons d’abord commencé à travailler ensemble sur un autre projet, puis nous avons commencé celui-ci. Nous avions des envies communes en termes de production et de création pour un projet vraiment original. Balthazar s’y connait dans la culture et la musique camerounaise, donc il a beaucoup analysé la rythmique. Moi qui suis d’origine camerounaise, j’avais également une sensibilité pour cette musique. Barth m’a envoyé ses productions, j’ai posé dessus, et nous avons réellement réussi à finaliser notre fantasme musical avec l’arrivée de Jade. Elle a ramené la cerise sur le gâteau car nous manquions de mélodies.

Parlez-moi de votre premier EP, Tell me something, sorti en 2013.

Gassam : Cet EP, c’était quand on travaillait avec Balthazar sur la première version du projet TchopDye. Le groupe n’était pas encore sous la forme que nous avons aujourd’hui. Il nous manquait quelque chose que l’on a cherché longtemps. Nous avons essayé de nombreuses choses musicalement et Balthazar ne s’occupait pas encore de toute la composition.

Entre 2013 et 2017, il y a eu une vraie évolution avec l’arrivée de Jade dans le groupe. Il y a eu une vraie rupture avec la musique que l’on faisait avant et celle que l’on fait maintenant. Nous avons trouvé notre direction artistique.

TchopDye Jade
Jade © TchopDye

C’est ce qu’il s’est passé entre 2013  et 2017 ?

Jade : Les éléments rythmiques et le rap étaient en place, il me manquait plus que la touche mélodique africaine et c’est cela que j’ai apporté. Tout l’album s’est enregistré en trois mois.

Gassam : Oui exactement. Avant que Jade n’arrive, on a travaillé sur plein de choses avec l’ancienne formule de TchopDye. Nous avons fait beaucoup de vidéo, des concerts et des festivals, donc nous étions déjà en activité. On cherchait vraiment quelque chose d’original.

D’où vient votre inspiration pour mélanger les sonorités électro, rap et camerounaises ?

Balthazar : C’est une recette que l’on a trouvé petit à petit en essayant et en s’imprégnant des cultures de chacun. Nous avons essayé de jouer sur les points forts de chacun.

Jade : C’est un mélange de tout ce qui nous est propre comme le chant pour moi et le rap pour Gassam.

Gassam : On cherchait un projet qui synthétise un peu tout ce que nous avons connu depuis que nous faisons de la musique et nous sommes passés par différentes étapes. Balthazar a eu des groupes de jazz, d’électro… Jade avait ce côté un peu rock pendant une époque, elle aimait également beaucoup la soul. Quant à moi, je suis passée par le rap traditionnel, la musique africaine quand j’étais enfant et j’ai toujours essayé de mélanger mon rap avec des instrumentistes parce que j’ai toujours aimé les musiciens. TchopDye, aujourd’hui, c’est un peu la synthèse de toutes ces années-là.

Les gens se plaignent car ils trouvent que le rap et la musique africaine sonnent toujours de la même façon. Aujourd’hui nous essayons de proposer quelque chose de nouveau, de frais, et nous invitons les gens à venir nous écouter et à nous faire leurs retours car c’est vraiment important de savoir comment notre musique est perçue.

Pourquoi TchopDye ?

Gassam : TchopDye signifie « manger, mourir » en pidgin.  J’ai proposé ce nom parce que c’était l’un de mes surnoms quand j’étais petit. Mes oncles m’appelaient TchopDye parce que j’étais toujours en train de manger. Ils me disaient toujours que j’allais manger jusqu’à exploser.

Donc j’ai choisi ce nom pour le groupe car pour nous la sonorité, la rythmique et la mélodie des mots est très importante, et pour moi ce nom résonne un peu comme une note de musique. Il va également dans le sens de ce que l’on raconte. Notre musique est une fête qui parle de la vie de tous les jours. « Manger, mourir », pour nous, cela signifie également l’énergie, la faim à toujours vouloir aller de l’avant, de vouloir se nourrir des choses. Or, en tant qu’être humain, ce caractère peut également nous amener à notre perte. Dans notre société, avoir trop d’appétit peut aussi nous tirer une balle dans le pied.

TchopDye Jade & Gassam
Jade et Gassam © TchopDye

Quel message souhaitez-vous faire passer avec votre musique ?

Gassam : Pour nous, c’est plus une énergie qu’un message en fait. Je pense qu’il est important que les gens se fassent leurs messages eux-mêmes avec ce qu’ils comprennent des morceaux et comment ils les reçoivent. C’est un peu comme lorsque l’on regarde un tableau, ce n’est pas forcément intéressant d’expliquer aux gens ce qu’ils doivent voir.

Nous proposons quelque chose avec toutes sortes de messages et c’est aux gens de se les approprier. Ce qui est important pour nous c’est de garder les yeux ouverts car nous avons un pied en Afrique, à travers nos familles, le vécu de Jade car elle y a grandi, et un pied en Europe. Nous voulons garder une ouverture sur le monde et considérer la vie à travers une vision globale.

Jade : On espère que l’on sera compris à la fois au pays et par-delà le monde.

Dans vos différents clips, « Boss » et « Tell me something », vous semblez raconter une histoire…    

Jade : Pendant la préparation de l’album, les thèmes n’étaient pas préparés d’avance. Ils nous tombaient dessus et nous les traitions avec un esprit libre, sans parti pris, juste comme des êtres humains. Le thème de « Boss » et le clip vidéo ont été faits dans un esprit libre, dans un désir d’exprimer le vécu social des Africains d’ici comme des Africains de là-bas.

Gassam : Nous réalisons souvent les clips nous-mêmes, donc tout sort de nos têtes. Nous avons envie de raconter une histoire. Mais pas une histoire de type conte de fée, la réalité de tous les jours.

Aimeriez-vous collaborer avec d’autres artistes plus tard ?

Jade : Michael Jackson, mais ce n’est plus possible … (rire).

Gassam : J’aimerais bien collaborer avec André 3000 mais je ne suis pas sûr que ce soit possible.

Jade : Pour être un peu plus réaliste, je dirais Oumou Sangaré parce que j’apprécie beaucoup son originalité. Elle fait de la musique africaine et elle n’a pas changé de ligne depuis le début. Elle a pu transmettre son message à travers le monde et des gens que j’admire comme Alicia Keys en sont fans. Je me sens également plus proche d’elle de par son origine.

Quand est programmée la sortie de votre prochain album ?

Gassam : Ce qui est sûr, c’est qu’un EP de quatre titres sortira prochainement au mois de mai. Pour l’album, il n’y a pas encore de dates car nous sommes un groupe indépendant donc nous faisons tout par nous-même. Pour le moment nous essayons de nous faire connaître et de nous rapprocher d’un public. L’album est prêt, mais nous n’avons pas encore de date précise.

Live TchopDye
© TchopDye

Quelles sont vos prochaines scènes pour venir vous découvrir en live ?

Jade : Nous avons quelques scènes de prévues à Lille le 17 juin et d’autres qui sont en négociation à Paris.

Et en Afrique ?

Gassam : Pour l’instant les dates en Afrique ne sont pas encore calées, mais nous avons été appelés dans plusieurs pays.