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Je parle le Bassa 2.0 : vers l’apprentissage des langues régionales africaines

je parle bassa 2.0

A l’occasion du lancement de l’application Je parle Le Bassa 2.0, entretien avec Stéphie-Rose Nyot, fondatrice de la plateforme éponyme.

Née sur Facebook en décembre 2013 sous la houlette de Stéphie-Rose Nyot, une Française née de parents camerounais, la plateforme Je Parle le Bassa compte aujourd’hui plus de 10 000 followers. Partie d’un constat personnel, la jeune femme réalise après quelques séjours professionnels passés à l’étranger, qu’une fois de retour en France, chez ses parents, elle ne comprend plus sa langue maternelle.

A cette époque, Stéphie-Rose officie en tant que stagiaire auprès de l’UNESCO, travaille dans le domaine du patrimoine mondial et de l’éducation et réalise qu’elle préserve le patrimoine des autres au détriment du sien. Aussi décide-t-elle de rechercher des méthodes en ligne pour se réapproprier la langue bassa, sans succès. Alors encore étudiante au Québec, elle ouvre une page Facebook à l’aide de ses parents. La genèse de l’aventure JPLB 2.0.

A qui s’adresse Je parle le bassa 2.0 ? A la diaspora camerounaise installée un peu partout dans le monde ? A la nouvelle génération ?

Je pensais que j’allais majoritairement toucher les personnes issues de la diaspora camerounaise. Finalement, quand je regarde les statistiques, il y a énormément de personnes qui nous suivent depuis le Cameroun. On compte plus de 400 langues là-bas, qui sont considérées comme des dialectes et ne sont pas nécessairement parlées par la jeune génération. Les parents favorisent en général l’apprentissage du français et de l’anglais pour que les jeunes puissent s’exporter.

La plateforme s’adresse également aux couples mixtes. Quand on parle le français et le bassa à la maison par exemple, il est difficile de maîtriser le bassa quand il n’y a qu’un seul interlocuteur.

Quelle est la méthode d’apprentissage que vous avez mise en place ?

L’apprentissage est participatif. Mes parents et moi ne nous intronisons pas professeurs. On retrouve des cours à thème, on pose des questions sur la page, et les internautes répondent, interagissent en commentaires. Ensuite on propose un corrigé général et on utilise le multimédia, notamment les fichiers sonore pour permettre d’assimiler la prononciation.

Je Parle Bassa 2.0
Appli Je Parle le Bassa 2.0

Vous venez de lancer l’appli. Quels sont les contenus ? La population camerounaise peut-elle facilement y avoir accès, malgré les problèmes de connectivité ?

L’application a été rendue publique le 24 juin. Il s’agit d’une version béta. On y retrouve une cinquantaine de cours qui se présentent sous la forme d’exercices à choix multiples. A l’issu de l’exercice, un score s’affiche.

Au niveau de la connectivité, j’ai été assez surprise. Parmi les 400 téléchargements, c’est au Cameroun que l’application a été le plus téléchargée. L’application est gratuite, ce qui évite les soucis liés à l’absence de système de carte bleue dans les pays d’Afrique subsaharienne.

Des envies d’ouvrir le projet à d’autres langues ?

L’idée serait de développer le projet avec d’autres langues camerounaises. J’ai lancé la page Je Parle l’Afrique 2.0 dans cette optique. Mais il nous faut des contributeurs pour pouvoir alimenter la page. Alors on lance un message !

Des retours de la communauté sur l’assimilation ?

J’ai créé un événement pour lancer l’appli il y a quelques jours et j’ai reçu des retours positifs de la part des utilisateurs. Une jeune fille m’a avoué qu’elle avait perdu sa grand-mère, la seule personne qui pouvait lui transmettre la langue bassa, et que grâce à la plateforme elle avait fait beaucoup de progrès en termes de vocabulaire et de prononciation. En général, les gens ont le sentiment de se ressourcer. On est vraiment très contents.

Plus d’infos sur la page Facebook Je Parle le Bassa 2.0 et le site.