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Madjiguene Sock, directrice du bureau Dakar de Dalberg

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Retour sur la carrière de Madji Sock, associée du cabinet Dalberg et directrice du bureau de Dakar. Une leader sénégalaise ascendant slasheuse, qui officie également en tant que présidente d’un club dédié au leadership au féminin.

Si Madjiguene Sock, 20 ans de carrière à son actif sur trois continents différents, peut aujourd’hui s’enorgueillir d’être à la tête du bureau de Dakar de Dalberg – un cabinet international de conseil en stratégie et politique spécialisé dans le développement et l’innovation – c’est qu’elle a su s’adapter tout au long de son parcours à différents secteurs. Et différents environnements.

Une formation à l’anglo-saxonne ouverte sur le monde

Expatriée aux États-Unis dès son plus jeune âge – à quatre ans – cette fille de journaliste à la radio sénégalaise et membre de l’UNICEF, a fait ses classes à l’université Thunderbird où elle obtient un MBA en management international. « J’ai vécu dans une communauté internationale, entourée de gens de divers horizons, cultures et croyances : une diversité incroyable », reconnaît-elle. Des années qui façonneront son ouverture d’esprit et sa curiosité, cristalliseront ses valeurs basées sur le vivre ensemble, tout en affirmant son identité.

« Étudier à l’étranger m’a rapproché de mes racines africaines. Je me suis rendue compte que le regard qu’avaient les gens sur le continent était souvent négatif, et qu’ils n’en connaissaient pas la richesse ». Ce constat amène très vite cette férue de culture, d’art et de développement, à endosser le rôle d’ « ambassadrice du continent » outre-Atlantique.

Premiers pas vers le développement de projets en Afrique

Si sa volonté a toujours été de revenir au Sénégal pour contribuer à faire briller l’économie locale, elle qui a « toujours porté le passeport sénégalais sans vraiment connaître [son] pays avant de [s]’y installer définitivement », s’est longtemps rendue à Dakar – tous les deux ans – pendant les vacances. « Mon père, grand amateur de langue wolof et de culture africaine, m’a transmis cet amour et cet attachement pour le continent. Cette volonté de revenir et de bâtir ».

«  Je suis noire, je suis une femme africaine, je suis francophone, mais je ne me suis jamais donné de limites »

Madjiguene, a.k.a Madji Sock se formera d’abord en Afrique du Sud pendant un an au sein du cabinet Deloitte – où elle restera 8 ans au total – pour développer le projet Black Economic Empowerment (BEE). Objectif : permettre aux populations noires défavorisées sud-africaines d’acquérir des parts dans le secteur de l’agriculture. « Une année marquante, vu le passé tumultueux de l’Afrique du Sud, où j’ai pu installer de nouveaux mécanismes ».

Jamais là on l’attend, Madji Sock s’envolera ensuite pour la Thaïlande aux côtés d’une équipe internationale du cabinet Deloitte, en tant que project manager, pendant six mois. «  Je suis noire, je suis une femme africaine, je suis francophone, mais je ne me suis jamais donné de limites ».

Retour au pays : entrepreneuriat et leadership

Après avoir étudié le marché américain et scruté les pays en développement pendant quatre ans chez Emerging Markets Group (2000-2004), Madji est fin prête à rentrer au pays. En l’absence d’un cabinet de conseil Deloitte, elle se voit dans l’obligation de tout quitter pour se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. « Je suis repartie à zéro et je me suis découvert une nouvelle facette de ma personnalité », avoue l’ancienne CEO manager du Deloitte Washington.

Ambitieuse et déterminée, elle crée alors sa propre firme : Focus Africa. « Les vertus de la patience, du travail et de la foi m’ont permis d’y croire », confie celle qui compte parmi ses rôles-modèles Thiaba Camara Sy, directrice associée de Deloitte Sénégal et co-fondatrice du Women’s Investment Club (WIC), réseau d’investissement pour les femmes leaders au Sénégal que Madji préside aujourd’hui. Elle apprend à construire ex nihilo, et se prend de passion pour la création de projets.

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La rigueur et l’ouverture d’esprit acquises plus tôt la mène ensuite à rejoindre le cabinet Dalberg international, lequel reprendra Focus Africa. « On avait une même vision du développement ». Madji Sock devient associée et prend la tête du bureau dakarois. Elle s’entoure de femmes, de la chargée des opérations aux senior project managers. « En fait, il faudrait que l’on inclut une charte sur la parité dans notre règlement, mais envers les hommes ! », s’amuse-t-elle tout en étant consciente du message qu’elle insuffle aux jeunes femmes.

« C’est une façon de leur dire qu’elles aussi, elles peuvent y arriver ». Raison pour laquelle Madji Sock souhaite participer à la formation au conseil de la nouvelle génération en mettant en place des programmes dans l’enseignement supérieur en Afrique Francophone. « Il y a bien sûr un intérêt pour Dalberg puisque cette jeunesse formée sera en mesure de travailler pour nous ».

« On met un point d’honneur à choisir des projets où il y aura un impact social direct »

Passée par tous les secteurs, de l’agriculture à la santé, en passant par l’information et la communication, les technologies et le développement économique, Madji Sock s’attelle aujourd’hui à l’efficacité gouvernementale en Afrique francophone. « Je travaille avec les ministères pour accélérer les projets prioritaires du président. Et c’est fascinant ». Le bureau de Dakar travaille également sur des projets axés sur la réforme du secteur public pour aider le ministère de la santé à s’organiser et mettre en place des centres opérationnels d’urgence au Sénégal, mais aussi en Guinée-Bissau et au Mali.

Parmi les autres actions du bureau : la réorganisation du ministère de l’économie et des finances au Sénégal. « On fait du conseil, mais on met un point d’honneur à choisir des projets où il y aura un impact social direct ».

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Voir toujours plus loin

Autant de missions qui confirment la phase de croissance que connaît Dalberg en Afrique Francophone. Madji Sock réfléchit à l’ouverture de bureaux à Abidjan et en Guinée. Mais également dans les pays anglophones avec une implantation prochaine à Lagos.

« Je veux dire à la jeunesse africaine qu’il faut oser et ne pas avoir peur d’échouer »

Mais pas question pour l’ex-entrepreneuse et créative de nature de perdre son champ de liberté. Parallèlement à ses activités chez Dalberg, elle a lancé l’espace Layu Café axé sur la promotion de l’artisanat et des produits locaux. Un coffee shop qu’elle espère bien faire évoluer en une multinationale « avec plusieurs branches en Afrique, en Europe et Amérique du Nord ».

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S’il y a bien un trait de caractère qui définit Madji Sock, c’est l’audace. « Je veux dire à la jeunesse africaine qu’il faut oser et ne pas avoir peur d’échouer ».

Pour autant, la quadragénaire n’en oublie pas les moins jeunes, à qui elle veut faire entendre « que rien n’est jamais terminé ». Ce n’est donc pas un hasard si elle compte aussi parmi ses icônes, la grande Oprah : « une femme qui a bâti une carrière, qui s’est accrochée et qui ne s’arrête pas » ! Parce que « l’Afrique est un jeune continent où il y a encore beaucoup à faire », Madji reste persuadée que toutes les générations ont leur pierre à apporter à l’édifice. Et elle compte bien continuer à le prouver.