article

Danièle Sassou Nguesso : « Je suis africaine et panafricaniste avant tout » !

danièle sassou nguesso

Femme d’affaires congolaise et entrepreneure sociale, Danièle Sassou Nguesso œuvre pour l’autonomisation des femmes au Congo. Retour sur son parcours et ses engagements.

Diplômée en sciences, Danièle Sassou Nguesso se spécialise dans le secteur du médical, plus précisément dans l’optique. Passée par Grand Optical à Paris, elle décide de rentrer en Afrique, d’abord au Gabon en 2003, son pays d’origine, pour y ouvrir son propre magasin à Libreville, puis un autre à Franceville. Aujourd’hui installée en République du Congo, cette mère de quatre enfants est à la tête de deux autres boutiques à Pointe Noire et Kinshasa.

Entrepreneure sociale, Danièle Sassou Nguesso préside la Fondation SOUNGA qui œuvre pour l’autonomisation des femmes au Congo, et est l’auteure de l’ouvrage Genre et Développement en République du Congo (Ed. Harmattan, 2016). Entretien.

Vous vous êtes formée en France pour mieux revenir en Afrique. Poursuivre votre carrière dans l’entreprenariat sur le continent était-il une nécessité ?

Je suis africaine, et panafricaniste avant tout ! Citoyenne de la République du Congo, je suis d’origine gabonaise, je suis née au Sénégal, et j’ai également étudié en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso ou encore au Mali. Je ne peux me sentir plus africaine.

Pour autant, je pense que c’est surtout mon expérience en Europe, notamment en France, qui m’a permis de réaliser que je souhaitais participer au développement de l’Afrique.

Je n’ai pas la prétention de dire que je suis rentrée en Afrique pour réinventer l’économie, mais tout simplement pour entreprendre avec les acteurs existants, ou en herbe, désireux de le faire. J’ai lancé ma première entreprise au Gabon, avec l’ouverture d’un premier magasin d’optique – un secteur très peu concurrentiel à l’époque, où nous nous sommes très rapidement positionnées comme précurseurs et leaders – pour m’orienter ensuite vers des contrées que je ne connaissais pas, pour de nouveaux enjeux.

Avez-vous toujours eu cette fibre entrepreneuriale ?

Elle m’a été transmise par ma mère, que je voyais effectuer des gardes rotatives en tant que pharmacienne le week-end. Je me suis très souvent retrouvée derrière le comptoir de l’officine, afin de faire face à l’affluence des clients. Cela s’est renforcé, toujours enfant, en observant les coiffeuses ou les marchandes : des femmes que je me plaisais à admirer. Ces femmes actives en Afrique de l’Ouest, battant le pavé dès le matin pour mener à bien leurs activités ont nourri en moi une profonde inspiration et une fervente admiration.

Je me suis lancée avec l’idée que je n’avais rien à perdre. La création de projets est pour moi très stimulante… J’adore cela !

« J’invite les femmes à remplir les bancs des écoles »

Quels conseils avez-vous envie de donner à la prochaine génération de femmes leaders ?

Je conseillerais tout d’abord à chaque jeune femme de s’accrocher à ses rêves, de les nourrir quotidiennement, mais surtout de s’éduquer afin d’accéder à une indépendance financière, pour s’affranchir de toute pesanteur sociale qui pourrait les ralentir. J’invite les femmes à remplir les bancs des écoles, à achever leurs cursus éducatifs pour s’ériger comme modèles pour des générations entières.

J’appelle les jeunes filles, femmes de demain, à ne jamais renoncer à leurs ambitions, à prendre conscience de leurs capacités et à se doter des moyens nécessaires pour réaliser leurs rêves. Ces femmes, par la force de leur travail, se verront naturellement décerner la couronne de modèles qui leur revient. Le mentoring jouera forcément un rôle important pour ouvrir la voie aux jeunes femmes.

Quels sont vos propres rôles-modèles ?

Je pense qu’Oprah Winfrey doit souvent vous être citée comme modèle de femme leader et de réussite. Son abnégation, son courage et sa détermination lui ont donné un parcours d’exception. Née dans une famille très pauvre, victime de viol dès l’âge de neuf ans, mère-fille à l’âge de 14 ans, elle a vécu des événements difficiles. Mais a néanmoins su se démarquer à l’école, à décrocher des bourses pour poursuivre ses études supérieures, à travailler dans des radios locales, jusqu’à se voir animer son propre talk-show, malgré la discrimination raciale et les différents traumatismes auxquels elle a été confrontée.

Elle est le plus bel exemple qui soit pour toute personne doutant d’elle-même.

Vous êtes à la tête ou membre de plusieurs associations. D’où vous vient cet engagement ?

Sûrement d’une fibre altruiste. L’altruisme est en effet une valeur culturelle et sociale qui me définis en grande partie. Je m’attèle à ce que toutes les actions que j’entreprends soient bénéfiques et pérennes pour les personnes à qui elles sont destinées, en espérant qu’elles puissent contribuer à un vivre-ensemble harmonieux. J’aspire véritablement à ce que chacune de ces actions puisse être libérée de toute contrainte, et mise au service de personnes qui ont besoin d’accompagnement.

Parlez-nous davantage de votre Fondation Sounga qui œuvre pour l’autonomisation des femmes au Congo.

La Fondation Songa est une organisation à but non lucratif que j’ai fondé en 2015 et que j’ai l’honneur de présider. Comme son nom l’indique en lingala, Sounga signifie « aide » et a pour ambition d’aller à la rencontre des femmes congolaises qui connaissent des contraintes quotidiennes entravant leur épanouissement personnel.

Nous nous évertuons à valoriser l’abnégation, le travail et l’engagement des femmes congolaises, afin qu’elles puissent se libérer du carcan social qui les assujettit en leur donnant accès au leadership, en saisissant de nouvelles opportunités. Il y a en effet urgence à fournir aux femmes de nouveaux moyens d’encadrement pour réaliser leur autonomisation.

L’équipe s’engage un peu plus chaque jour à leur donner la parole, à les écouter afin de les accompagner dans l’acquisition d’une autonomie au travers de différents projets de formation et de microcrédit.

Les actions que nous déployons sont destinées à renforcer les capacités économiques des femmes pour une meilleure contribution à l’économie, grâce à une insertion accrue au sein des différents circuits professionnels. Les préoccupations des femmes se basent sur une idée distributive et équitable du développement. Ces dernières doivent prendre part aux différentes décisions ayant trait au développement d’une société.

danièle sassou nguesso
L’incubateur Sounga Nga, édition 2016

Comment ces actions se concrétisent-elles sur le terrain ?

Il m’a semblé primordial de dresser avant tout un état des lieux. C’est pourquoi j’ai pris l’initiative de rédiger l’ouvrage Genre et Développement en République du Congo, afin d’interpeller les pouvoirs publics.

Nous nous engageons quotidiennement, sans réserve et sans relâche, pour ériger les droits des femmes comme une priorité.

Nous avons mis en place des outils d’accompagnement de la politique publique, afin que chaque femme puisse être autonome et prendre conscience de ses capacités. Parmi ces outils : l’incubateur « Sounga Nga » et le « Label Genre Sounga », mais également les Focus Groups, qui ont pour ambition d’améliorer l’intégration des femmes et de contribuer ainsi au développement inclusif dont le pays a besoin pour atteindre la prospérité.

Pour plus d’information, rendez-vous sur le site de la Fondation Sounga.

Quels sont les profils de femmes membres de l’association ? Quels sont leurs rêves et aspirations ?

Il y a en effet beaucoup de femmes membres, mais pas seulement. Il y a aussi des hommes – parce qu’eux aussi ont un rôle dans le développement inclusif et donc une responsabilité dans l’accompagnement et l’intégration des femmes – soucieux de venir y confronter leurs opinions et leurs regards. Tous nos membres ont un lien étroit avec le développement durable et sont issus d’horizons divers et variés. Ils évoluent dans de grands groupes, des petites entreprises, dans l’informel ou des ONG, ils sont étudiants… Et surtout pionniers dans l’autonomisation de la femme au Congo.

Que les femmes soient commerçantes ambulantes dans le secteur informel, étudiantes ou agricultrices, elles cherchent toutes une alternative pour une vie meilleure, et ont une réelle soif d’apprendre.

Nous les encourageons à oser, à candidater, à travailler, afin de montrer à la société qu’elles méritent dès aujourd’hui d’être nommées femmes de demain, pour ouvrir la voie aux nouvelles générations.

« C’est avant tout en tant que femmes que nous devons rappeler l’urgence de la condition féminine au Congo »

Quelles sont les discriminations dont souffre principalement la femme congolaise au travail et qui vous ont amenée à vous engager dans l’entrepreneuriat social ?

Même si les femmes représentent plus de 50% de la population au Congo, qu’elles ont toujours contribué au développement économique et social du pays, il subsiste des inégalités très fortes dans le domaine professionnel entre hommes et femmes. Ces discriminations commencent même avant l’embauche, dès l’entretien de sélection où la rémunération proposée à la femme sera d’ores et déjà inférieure à celle proposée à son homologue masculin. A compétences égales, les employeurs accusent souvent les femmes d’être moins disponibles de par le statut de mère qui leur est, de fait, attribué.

Si une femme est recrutée, elle est malheureusement confrontée à une inégalité de traitement qui se manifeste au quotidien : manque de promotion, d’évolution de carrière, d’accès à des postes à responsabilités. Les femmes sont donc, la plupart du temps, écartées du processus décisionnel, lors du choix des cadres dirigeants, confrontées au fameux « plafond de verre ».

D’autre part, si une femme souhaite parvenir à une fonction supérieure, il n’est pas rare que cette dernière ait à répondre à des faveurs qui ne sont pas d’ordre professionnel. Oui les Congolaises sont également confrontées au harcèlement sexuel en environnement professionnel, un écart qui bénéficie malheureusement d’un vide législatif qui permet à tout employeur d’appliquer cette pratique, aussi illégitime soit-elle, en toute impunité. Les femmes qui osent brandir leur audace face à cet ordre discriminatoire se verront toujours soumises à un harcèlement, mais cette fois-ci d’ordre moral.

C’est pourquoi nous pensons, au sein de Sounga, que c’est avant tout en tant que femmes que nous devons rappeler l’urgence de la condition féminine au Congo, en tant que témoins, victimes, mais surtout parties prenantes de la société civile, afin d’attirer l’attention des pouvoirs publics pour y remédier de manière définitive. L’état congolais doit absolument légiférer sur ces inégalités afin de prémunir la femme de toute discrimination dont elle est victime dans l’environnement professionnel.