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Nathalie Miltat : « je veux valoriser la vision des artistes subsahariens »

NATHALIE MILTAT

Après une première édition du Prix Orisha récompensant l’art contemporain d’Afrique-subsaharienne en 2014, la galeriste franco-béninoise Nathalie Miltat remet le couvert le 3 octobre prochain à Paris.

Sur le plancher de la vaste pièce principale vient trôner un vieux piano à queue, tandis que reposent ici et là sculptures et mobilier venus d’Afrique. Sur les murs blancs, d’imposantes baies vitrées laissent traverser la lumière. Nous sommes à Appartement – un espace hybride entre galerie d’art, lieu de vie et de rencontres – chez Nathalie Miltat, galeriste, collectionneuse, défricheuse de talents, passionnée d’art contemporain, appelez-là comme vous voudrez, vous dirait-t-elle. La Franco-Béninoise, toute de blanc vêtue ce jour-là, se fond dans le décor immaculé de son loft typé Eiffel d’une centaine de mètres carré niché dans le 10e arrondissement de Paris.

nathalie miltat
© Appartement

En bonne hôtesse, elle nous propose un jus d’hibiscus répondant au doux nom de « Mariage blanc, de la marque Biss’ créée par un jeune « entrepreneur camerounais ! », prévient celle qui souhaite offrir de la visibilité à la création africaine, y compris une boisson rafraîchissante. « J’ai étudié l’histoire de l’art à l’École du Louvre, mais j’avais besoin d’identification, on en a d’ailleurs tous besoin ».

L’art contemporain africain existe

Ses études à l’Ecole du Louvre et à la Sorbonne, où elle se spécialise en arts subsahariens, la conduisent à ouvrir Galerie Noire en 2005. Près de dix ans plus tard, il était donc tout naturel pour elle d’élargir son champ d’action en lançant le Prix Orisha, récompensant les artistes émergents de la scène contemporaine subsaharienne issus du continent ou de la diaspora. « Il y a de nombreux prix, mais je souhaitais en dédier un exclusivement à l’art contemporain subsaharien et ses diasporas ». Parce qu’il y a « des réalités communes à cet espace géographique ».

nathalie miltat
Première édition du prix Orisha avec Nathalie Miltat, le cofondateur du Prix Orisha, Timothée Chaillou , et Lilian Thuram, parrain de l’édition 2014.

Si la première édition a fait l’objet de controverses – l’artiste franco-béninois Kifouli Dossou a refusé son prix – elle a néanmoins « eu beaucoup de succès, au vu du nombre de visiteurs et de la couverture médiatique », tient à souligner Nathalie Miltat. Et de poursuivre : « Le Lauréat a préféré assurer seul sa promotion. Pour moi, cela ne change en rien à la qualité de l’artiste primé ni à la volonté que j’ai de poursuivre ».

Un prix d’art contemporain, une association culturelle

C’est sous sa casquette de galeriste que Nathalie Miltat soutient financièrement les actions de l’association Orafrica qu’elle vient de créer de manière à élargir les actions de promotions culturelles. Une structure qui met aussi bien en place des initiatives économiques et culturelles, que des journées de réflexion.

« Le Prix est structuré autour d’une ligne éditoriale, d’un règlement et de deux organes indépendants pour la sélection des artistes. L’attribution du Prix 2017 s’ouvre à l’international en incluant un jury de commissaires internationaux et un comité de sélection composé d’acteurs de la mode, de l’architecture, du design ou de blogueurs culturels, à l’instar de Virginie Ehonian etc. », explique-t-elle alors que la sonnette retentit. Un livreur DHL fait son apparition : « fraîchement débarquées de Douala ! », s’écrit la collectionneuse en faisant glisser sur le parquet deux énormes œuvres d’un artiste camerounais.

Une vitrine pour tous les artistes

Exit l’élitisme parisianiste. Nathalie Miltat souhaite s’affranchir des carcans réservés aux initiés pour mieux démocratiser l’accès à l’art contemporain africain en offrant cette année l’opportunité à la douzaine d’artistes sélectionnés de présenter une à deux œuvres au sein de son espace dans le cadre d’une exposition collective. Le lauréat bénéficiera d’un accompagnement d’un an permettant de développer au mieux sa visibilité en France ou ailleurs.

« Je souhaite que l’exposition soit ouverte à tous, que viennent aussi ceux qui ne sont pas dans le secteur de l’art. J’ouvre les champs culturellement mais aussi géographiquement en invitant des acteurs internationaux évoluant dans d’autres sphères que l’art ».

Une initiative qui s’inscrit dans la continuité du printemps artistique africain à Paris (Africa Now, Afriques Capitales, Art/Afrique : le Nouvel Atelier à la Fondation Louis Vuitton etc.). A la différence que Nathalie Miltat met les mains à la pâte, quasi seule ! « Je suis une femme, je suis noire, tout ce que j’entreprends pour les artistes, je le fais par pure motivation et appétence pour mon travail ».

Faire venir les œuvres d’Afrique, prendre en charge les artistes, s’occuper des invitations et de la communication… « Il y a une charge financière et une charge de travail, mais cela en vaut la peine. Je veux valoriser la vision des artistes africains-subsahariens ».

 

Le Prix Orisha se tiendra le 3 octobre à Appartement. Et aura lieu tous les deux ans.

L’exposition collective des artistes sélectionnés y est organisée du 28 septembre au 7 octobre.