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6 questions à Nackissa, la pro du batik récompensée au Top 10 de la mode ivoirienne

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Entretien avec la créatrice de la marque de prêt-à-porter made in Abidjan, Nackissa, à l’occasion du Prix du mérite décerné par le Top 10 de la mode ivoirienne.

Nackissa Doumbia, 37 ans, s’est fait un nom dans le secteur de la mode abidjanaise il y a déjà une dizaine d’années. Sa signature ? Le batik, tissu séculaire d’Afrique de l’Ouest que la designeuse aux jolies locks se plaît à injecter dans des créations tendance afro pop, aussi vives que chic, entre héritage et contemporanéité.

Avec deux collections confectionnées par an, des défilés bookés dans les rendez-vous phares de la mode locale (N’Zassa Mode, FIMIS, Moreno Fashion Show etc.), et un travail sans relâche, la créatrice peut aujourd’hui se targuer de voir sa première boutique de prêt-porter s’ouvrir. Une consécration pour celle qui a commencé en confectionnant des pièces sur-mesure, qui s’est cristallisée par la remise du Prix du mérite prêt-à-porter 2017 lors de la dernière édition du Top 10 de la mode ivoirienne qui s’est tenue le 19 octobre dernier à Babi !

Un mot sur votre distinction au top 10 de la mode ivoirienne

L’année dernière, j’ai reçu le Prix de la meilleure collection, c’était déjà un honneur. Et aujourd’hui le Prix du prêt-à-porter m’a été décerné. Je suis très heureuse, dans la mesure où c’est une reconnaissance de mon travail. D’autant que j’ai ouvert ma boutique de prêt-à-porter en mai dernier.

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Collection inspirée des années 80-90 par Nackissa, présentée au Top 10 de la mode ivoirienne

Quel était le thème de la collection présentée ?

Il s’agit d’une collection hommage aux années 80-90. Ce sont les décades de mon enfance, donc, j’ai pris énormément de plaisir à faire cette collection, je me suis beaucoup amusée. Elle m’a ramenée à mon adolescence. J’ai injecté beaucoup de souvenirs dedans. Cette collection me correspond.

Pouvez-vous me parler de ce rapport exclusif que vous avez avec le batik, le tissu qui revient dans chacune de vos collections ?

Je suis tombée amoureuse du batik, ce tissu est un véritable coup de cœur pour moi. J’en ai fait la découverte il y a quelques années, lors d’une promenade à Bassam. J’ai été fascinée devant le savoir-faire de ces hommes, dont les œuvres s’apparentent à de vrais tableaux. Il s’agit d’un vrai travail d’artisan. Le batik n’est pas reconnu à sa juste valeur et devrait être vendu beaucoup plus cher que les prix du marché, compte tenu du travail qu’il représente.

Par ailleurs, personne ne le travaille dans le prêt-à-porter. On va davantage le retrouver dans la déco. J’estimais que le batik était une matière qui méritait d’être exploiter dans le secteur de l’habillement.

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Ramez Aoude

Où avez-vous appris à travailler le batik ?

Je ne travaille pas le batik, je collabore avec des artisans avec qui je dessine les modèles (les ateliers de Nackissa sont situés dans le quartier de la Riviera Palmeraie, nrdl). Ou bien j’achète le batik prêt à l’emploi. Les artisans ont leurs façons bien à eux de travailler. J’aime beaucoup leurs dessins et motifs un peu enfantins, je n’ai pas envie de les dénaturer.

Quand vous regardez les dessins, il y a énormément de scènes de village. Les femmes, les mamans sont au centre des œuvres. On les retrouve à la cuisine, au champ, avec leurs bébés au dos. Ce qui me fascine, c’est que le travail du batik est un art exclusivement masculin. Le fait que ce soit des hommes qui rendent hommage aux femmes, dans leur multiplicité, je trouve cela très beau !

Vous avez étudié les techniques taillées pour la mode internationale en vous formant à l’école Formamod de Paris et mettez en lumière les savoir-faire ancestraux ouest-africains. Comment faites-vous le pont entre ces deux écoles ?

Ce sont deux méthodes totalement compatibles. Il est question de travailler de façon moderne sans oublier notre identité. Notre culture est très riche, et nous avons passé des années – en Côte d’Ivoire notamment – à mettre cette identité de côté pour travailler comme les Occidentaux. C’est dommage, parce que nous regorgeons de textiles, qui ont été portés par nos parents et grands-parents. Je me suis très vite rendue à l’évidence en me disant que je pouvais très bien mettre les techniques apprises en Europe au service de nos étoffes qui n’attendent que cela !

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Boutique Nackissa

Quelles sont les prochaines étapes de développement de la marque Nackissa ?

Je souhaite avoir une plus grande boutique à terme. Je suis contente de toucher le marché ivoirien et de me faire connaître dans la région. Mon objectif 2018 est de parvenir à dépasser les frontières de l’Afrique.

Boutique Nackissa

Zone 4, à la rue du Dr Blanchard, sur l’alignement du restaurant Kaiten
Ouverte du lundi au samedi, de 9h à 19h

nackissa.com