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Tabara Ndoye Ba : « je suis la première femme chef d’agence de la Senelec »

TABARA NDOYE BA

Retour sur le parcours de Tabara Ndoye Ba, première chef déléguée de la Senelec : leader des fournisseurs d’électricité au Sénégal.

C’est à l’occasion du lancement de la première édition du forum Les Héroïnes, qu’Into The Chic a rencontré Tabara Ndoye Ba. Rendez-vous est pris sur la terrasse de l’Hôtel Radisson. A l’horizon, la splendide piscine se jette dans une mer à perte de vue. Une atmosphère propice à la détente. Mais l’heure n’est pas au farniente. Derrière l’apparente tranquillité, la silhouette frêle et la voix délicate – alors camouflée par la playlist résonnant sur l’esplanade – de Tabara Ndoye, se cache une femme d’affaires forte de 18 ans d’expérience chez Senelec : premier fournisseur d’électricité au Sénégal.

Passer par tous les postes pour atteindre le top niveau

Passée par tous les postes – comptable, chef de section précontentieux, assistante audit, chef d’agence commerciale, chef de service gestion et contrôle, chef de département exploitation – cette diplômée en économie, en gestion des entreprises (maîtrise), en audit et en politique des entreprises (DEA), est aujourd’hui déléguée centrale Dakar 1 qui est en charge d’une dizaine d’agences commerciales

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Quand elle quitte Canal Horizons et son poste d’assistante commerciale pour le géant de l’électricité en 1996, Tabara Ndoye est loin d’imaginer le parcours qui l’attend. Sa détermination et sa force de travail l’ont en effet conduite à marquer l’histoire de l’entreprise. « Quand on m’a nommée, je suis devenue la première femme chef d’agence à la Senelec », avoue-t-elle non sans fierté. Aujourd’hui, la délégation centrale Dakar 1 génère un chiffre d’affaires de 73.622 milliards pour 274 369 clients et 216 agents.

Participer à la féminisation des entreprises leader

C’est au tournant des années 2000 que la jeune femme d’alors participe, à 35 ans, à la féminisation de certains postes à responsabilités dans l’entreprise, au moment où celle-ci se privatise. « Avant moi, les femmes n’exerçaient pas le commandement sur le terrain, éclaire-t-elle. Cela a été un défi pour moi au début, j’étais en charge d’une équipe pluridisciplinaire composée exclusivement d’hommes beaucoup plus âgés et expérimentés que moi » !

Depuis, les femmes occupent des postes stratégiques dans l’entreprise et certaines « sont au niveau du top management », confie-t-elle. Tabara croit aux valeurs « typiquement féminines, telles que l’altruisme, l’écoute, la rigueur et le professionnalisme, qui constituent un levier sur lequel les femmes peuvent s’appuyer et influencent positivement la marche des organisations ». Et de continuer « Le manager femme doit oser déléguer plus, montrer son désaccord et imposer certaines positions lorsque c’est nécessaire. Elle doit également être engagée pour motiver ses collaborateurs, avoir un objectif clair, et persévérer dans l’effort jusqu’à ce que le but soit atteint », détaille celle qui compte parmi ses rôles-modèles, sa mère, « une adorable femme analphabète qui s’est battue pour l’éducation de ses enfants, qui [leur] a inculqué des valeurs qui ont fait ce [qu’ils sont] aujourd’hui ».

Échanger avec les pionnières

« Il faut que la nouvelle génération soit engagée et collabore avec les pionnières, parce que ces dernières ont l’expérience nécessaire », lance cette fervente admiratrice de Madame Maimouna KANE, première femme Ministre au Sénégal et pionnière dans la magistrature. « Les femmes lui doivent beaucoup : l’introduction de la loi sur les congés de maternité, l’accès aux fonctions militaires, la diplomatie ou encore l’amélioration des conditions des femmes dans le monde rural », c’est elle. Sans oublier Madame Fatou Sarr Sow, directrice du laboratoire Genre et Recherche de l’IFAN. « Son discours, son engagement et les actes qu’elle pose rappellent aux femmes qu’elles ont déjà le pouvoir de changer le monde, analyse Tabara Ndoye Ba. Ces femmes d’exception nous ont montré qu’il suffit de faire preuve d’ingéniosité, de volonté et d’audace pour réaliser de grandes choses ».

Faciliter les échanges entre les pionnières et la nouvelle génération, telle est d’ailleurs l’ambition du forum les Héroïnes. « De tels réseaux de femmes sont primordiaux, parce que nous avons des rôles-modèles mais pas de forum du genre pour développer le leasership au féminin », conclut-elle.