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Miriam Odemba, le mannequin tanzanien qui ouvrit la voie !

miriam odemba

Première reine de beauté tanzanienne à avoir représenté son pays à l’international, Miriam Odemba espère aujourd’hui transmettre son expérience à la nouvelle génération et marquer l’histoire du mannequinat.

Reine de beauté, mannequin international, égérie… Miriam Odemba, 34 ans, est une star en Tanzanie. « C’est la Naomi Campbell locale, la Sonia Rolland tanzanienne », s’exclame son agent quand nous rencontrons le model dans un restaurant du 16e arrondissement de Paris. Miriam Odemba n’a pas mangé depuis la veille. Mais n’allez pas croire que cette jolie plante d’un mètre 75 s’affame. C’est parce qu’elle a enchaîné les castings toute la matinée qu’elle jettera ensuite son dévolu sur une pizza et s’autorisera même un verre de vin. « Je mange, je bois quand je sors et je fume », avoue-t-elle alors que l’on s’extasie devant son teint ébène parfait.

Ce teint, elle en a d’ailleurs fait sa marque de fabrique. Miriam Odemba n’a nul besoin de rebooster sa confiance en soi. Sa beauté, elle l’aime depuis toujours. « Enfant déjà, je me disais qu’un jour j’allais devenir une star. Je me réveillais et posais devant le miroir », confie-t-elle tout sourire.

Devenir quelqu’un

Miriam Odemba a toujours rêvé de représenter son pays, malgré une industrie de la mode embryonnaire voire quasi inexistante (la Swahili Fashion week fête son dixième anniversaire cette année). Coup de chance, alors qu’elle flâne dans les rues de Temeke, sa silhouette gracile ne manque pas de retenir l’attention de deux chasseurs de tête officiant pour le concours de miss du district. L’ado d’alors, qui vit dans un contexte familial difficile et précaire, saute sur l’occasion – avec le soutien de sa mère – et accepte de participer à la compétition qui changera sa vie.

« J’ai grandi avec ma mère en vivant chez mon oncle. Vous savez, dans les familles africaines, une jeune fille doit aller à l’école et gérer la maison. Ce n’était pas facile, mais j’ai toujours cru au miracle et que le travail paierait », confie-t-elle.

Alors qu’elle n’a jamais défilé de sa vie, l’équipe du concours l’entraîne durant toute une journée. Impressionnée par la machine, Miriam ne se laisse pas démonter malgré la pression de la concurrence. Elle a 14 ans (1997), mais s’ajoutera quatre ans pour en être. En dépit de son manque d’expérience, elle remporte Miss Temeke. La reine de beauté a alors l’opportunité de concourir à Miss Tanzania. Elle ne figurera que parmi le top 10. Mais sa notoriété est déjà toute faite. Lorsqu’elle arbore un foulard dans les cheveux, c’est la jeunesse tanzanienne entière qui copie son icône. La Miss est de toutes les émissions télé et unes de magazines. Les campagnes de pubs locales et autres shootings s’enchaînent. Mais ce sacre ne lui suffit pas. Miriam voit plus loin et se rêve mannequin.

miriam odemba
(c) Clement Photography

Une deuxième fée se penche sur sa couronne, feu Amina Mongi – fondatrice de l’agence Faces International – la prendra sous son aile. Direction l’Afrique du Sud pour l’une des plus grandes compétitions de mannequinat du continent : Face of Africa. « Je ne parlais même pas anglais à cette époque, alors j’ai accepté d’aller à Londres pour apprendre la langue », concède celle qui a arrêté sa scolarité tôt pour poursuivre son rêve. Mais qui n’a jamais chômé ! « Je n’ai jamais perdu espoir, il fallait que je travaille dur pour devenir quelqu’un ».

En Afrique du Sud, Miriam fait une nouvelle fois face à des concurrentes professionnelles, et doit rapidement se mettre dans la peau d’un model alors qu’elle ne connaît que les salutations et les poses conventionnelles des miss. Jusqu’au-boutiste et jamais défaitiste, la brindille s’empare d’un livre, le pose sur sa tête pour « marcher droite comme un ″i″ et fend l’assistance avec l’aura d’un vrai model. Elle décroche la finale et défend les couleurs de son drapeau en Ouganda. Nous sommes en 1999 et le visage de l’Afrique, c’est désormais elle !

S’inscrire dans l’histoire… et y rester !

Cette victoire amène Miriam Odemba à signer avec la prestigieuse agence de mannequins internationale Elite Model look, et à marquer l’histoire du mannequinat en devenant la première tanzanienne à être représentée par le groupe.

La Tanzanienne vit alors son rêve américain et atterrit à Big Apple. Mais le séjour sera de courte durée. A peine une année d’écoulée à New York que la belle voit son contrat se rompre. Elle a le mal du pays. En cause, la prise d’une petite poignée de kilos suite au décès de son manager.

Retour au bercail et à la réalité. L’aube des années 2000 marque un petit passage à vide dans la carrière de Miriam. L’ancienne égérie de Temeke ne veut plus entendre parler de mannequinat et s’essaie au mentoring en ouvrant une boutique de prêt-à-porter pour conseiller la jeunesse tanzanienne. Puis, le naturel revient au galop. « Je fais tout le nécessaire pour perdre du poids, me remettre en forme. », avoue celle qui souhaite aujourd’hui encourager les jeunes tanzaniens à pratiquer une activité physique en organisant depuis mai 2017 les courses « Run with Odemna ».

Miriam Odemba
« Run with Odemba » – (c) Ochu Abdallah

Elle retourne en Afrique du Sud, toujours guidée par quelques anges gardiens, et intègre pendant un an G3 modeling agency avant de retourner une nouvelle fois au pays.

Mais c’est en Chine qu’elle élira domicile pendant cinq ans et parviendra à relancer sa carrière. « J’ai réussi à signer plein de campagnes pour les cheveux, à marcher pour des défilés de mode etc. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de mannequins noirs, et les Chinois m’ont vraiment ouvert la porte. Singapour, Shanghai, Hong Kong… Les pays d’Asie sont très ouverts à la diversité..», explique aujourd’hui la polyglotte (swahili, français, anglais, chinois).

Quand elle retourne en Tanzanie en 2008, l’organisatrice de Miss Earth Tanzanie veut la voir concourir. Sa capacité d’adaptation, à jongler du statut de mannequin à celui de miss, lui permet une nouvelle fois de retomber sur ses pattes. Elle n’a que deux semaines pour se préparer, qu’à cela ne tienne ! Elle volera la couronne aux Philippines, « celles qui remportent pourtant les concours de miss univers ! ». Mais sans la démériter. « Je ne connaissais rien au secteur de l’environnement, j’ai étudié tous les jours, j’ai planté des arbres partout aux Philippines pendant un mois pour voir flotter mon drapeau là-bas », s’amuse celle qui souhaitait coûte que coûte revenir sur le devant de la scène. Et pour cause, elle a déjà 25 ans et la nouvelle génération est prête à en découdre pour représenter à son tour la Tanzanie.

Devenir l’icône de la nouvelle génération

« Quand j’ai remporté Miss Earth, il y avait les nouvelles, Flaviana Matata ou encore Herieth Paul, qui a fait Victoria’s Secreat (!), sous le feu des projecteurs », explique aujourd’hui cette maman d’une petite fille de sept ans, aujourd’hui installée à Paris depuis plus de trois ans. Mais pas question pour elles de se mettre des bâtons dans les roues « On se respecte mutuellement, et elles savent que je leur ai ouvert les portes ». Et de continuer : « Nous sommes peu de mannequins tanzaniens en local et à l’international.

Les mannequins africains viennent surtout du Kenya, du Soudan ou d’Angola », constate-elle. Raison pour laquelle, celle qui s’est constituée un solide carnet d’adresses souhaite aujourd’hui transmettre son expérience en ouvrant une agence de mannequins en Tanzanie avec, elle l’espère, le soutien des agences parisiennes, new-yorkaises… « On m’a tellement donné que je veux donner la chance à la nouvelle génération à mon tour », laquelle lui écrit des milliers de messages chaque jour sur son compte Instagram qui fédère plus de 300 000 followers.

Miriam Odemba s’apprête également à inaugurer la fondation Miriam Odemba pour soutenir des projets innovants et porteurs en Tanzanie et promouvoir la culture Massaï.

miriam odemba
(c) Clement Photography