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5 choses à savoir sur Moune de Rivel : grande figure de la musique créole

Moune de Rivel

Précurseure de la biguine, actrice, journaliste… Moune de Rivel a transmis son amour de la tradition et de la chanson créole durant toute sa vie à travers son talent de chanteuse. Découvrez 5 choses à savoir sur elle.

Elle aurait eu 100 ans le 7 janvier 2018. Moune de Rivel, de son vrai nom Cécile Jean-Louis Baghio’o, est née en 1918 à Bordeaux. Élevée par une mère bretonne, Fernande De Virel – professeure de musique et diplômée du Conservatoire de Paris – et d’un père d’origine guadeloupéenne, Henri Jean-Louis Baghio’o, Moune de Rivel a baigné dans un univers musical dès son plus jeune âge. Instruments, chanson… tout y passe ! Celle qui deviendra par la suite l’ambassadrice internationale de la biguine a eu la chance d’accueillir de grands artistes antillais dans la maison familiale : Marie-Madeleine Carbet, Archange Saint-Hilaire, Léona Gabriel ou encore Alexandre Stellio.

Moune de Rivel a défendu le patrimoine musical antillais jusqu’à son dernier souffle, le 27 mars 2014. Une voix inimitable qui a chanté la musique créole afin de la faire briller. Découvrez 5 choses à savoir sur ce monument de la musique traditionnelle guadeloupéenne.

A 15 ans, elle donne son Premier récital de chanson créole

« J’adore la musique mais ma vraie passion, héritée de ma mère, c’est la musique créole » a avoué Moune de Rivel lors d’un entretien accordé à Alizés Magazine.

Tout débute au cabaret La Boule blanche situé à Montparnasse dans la capitale parisienne. Du haut de ses 15 ans, la jeune chanteuse entame sa carrière. Elle partage la scène avec sa mère au piano. Le succès ne se fait pas attendre. Quelques années plus tard, Moune de Rivel joue dans les cabarets les plus célèbre de Paris : La Canne à sucre, Le Cabaret des fleurs ou encore La Tomate. Nous sommes à la fin des années trente et la talentueuse chantera aux côtés de l’orchestre du guitariste et trompettiste martiniquais Pierre Louiss. L’occupation allemande ne les empêchera pas de faire retentir les rythmes de la chanson créole dans toute la capitale !

Elle est la première artiste créole française à se produire au Café Society (NY)

Son désir le plus cher ? Faire perdurer le patrimoine musical des Antilles. Moune de Rivel l’a fait en voyageant dans le monde entier. Dans les années 40, elle se fait repérer par un agent américain et s’envole pour les États-Unis. Elle se produira dans l’un des plus grands cabarets de la ville de New York : le Café Society.  Son contrat devait durer deux mois mais la militante de la chanson créole est finalement restée deux ans au pays l’Oncle Sam. Erold Garner, Eron Bridgers pour ne citer qu’eux… tous ces grands artistes de la musique noire américaine lui ont fait l’honneur de se produire avec elle. Sa vie professionnelle était riche – elle a joué dans le film Night Club Room – tout comme sa vie sentimentale. Là-bas, elle a épousé le pianiste de jazz Ellis Larkins avant de retourner en France en 1948. Puis, Moune de Rivel continue de parcourir le monde : Suisse, Allemagne, Italie, Suède, Finlande mais aussi les Caraïbes et l’océan Indien.

Sa fille spirituelle est la chanteuse Winny Kaona

L’histoire de ces deux amoureuses de la chanson créole est racontée dans le livret-témoignage Moune A Tout’ Moun ! écrit par Winny Kaona justement : « Alors que je n’étais qu’une fillette de 9 ans, j’ai découvert sur les ondes de l’ORTF, la voix ensorceleuse de Moune de Rivel, musicienne et animatrice de l’émission « Charme de Paris ». J’étais loin d’imaginer que l’artiste au grand cœur que j’écoutais tous les jeudis deviendrait un jour mon mentor, mon guide. La magie de sa voix, la musique, la tendresse qui émanaient des ondes radiophoniques ont fait naître en moi le désir fou de vouloir « chanter un jour comme Moune de Rivel », peut-on lire dans un extrait publié sur Girly Kreyol.

30 ans plus tard, elles se rencontrent dans l’appartement de Moune à Paris et se lient d’une profonde amitié mère-fille. Moune lui écrit une chanson « l’appel du gwo ka » et offre à « sa » Winny une toile peinte par elle-même.

Elle lui a transmis la mission de faire briller le patrimoine antillais et son flambeau de chansons en 1994 en Guadeloupe.

C’est d’ailleurs Winny Kaona qui organisera la commémoration du centenaire de sa naissance et préparera tout au long de l’année 2018 des événements en son honneur.

« Joie et Nostalgie créole » sortie en 2000 est son dernier album

A travers sa voix chargée d’émotion et de séduction, Moune de Rivel raconte les Antilles. Parmi les quatorze chansons, quatre ont été écrits par sa mère. Parmi eux : « Mam’Zelle Ka Ou Tini » écrit en 1901. « J’ai toujours chanté ce titre. En principe, j’ai presque toujours chanté les chansons de ma mère. Que ce soit aux Antilles, en Finlande, en Afrique, en Amérique. A New York, cela surprenait d’entendre une femme noire, après l’occupation allemande, chanter des chansons créoles. J’ai toujours refusé de chanter du jazz. Même si j’adore cela, j’ai voulu garder mon étiquette de chanteuse de vieilles chansons créoles et mon authenticité. Je ne chante pas de chansons modernes afin de préserver notre patrimoine. A mon retour d’Amérique, je me suis rendue à la Martinique et je n’ai pas voulu changer de répertoire. » révèle-t-elle au magazine AMINA. (Re)découvrez le onzième titre, » Morne à l’eau » :

Elle a eu de nombreuses distinctions

En 1960, la chanteuse participe à l’écriture de l’hymne national du Burkina Faso (anciennement appelée la Haute-Volta avant 1984) et sera récompensée de la distinction de « Chevalier de l’ordre national de la Haute-Volta ». Sept ans plus tard, elle obtient la Médaille de la Ville de Paris, puis celle de la Courtoisie française en 1968, etc.

Moune de Rivel est la première à avoir fondé un conservatoire de la chanson créole « Misik an nou » en 1995 toujours dans le but de transmettre à la génération future la musique créole. Il était situé au Centre Culturel Municipal de la Jonquière, à Paris (17e).