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« Le Bleu blanc rouge de mes cheveux » : recadrer l’identité française

le bleu blanc rouge de mes cheveux

Avec sa première fiction, Le Bleu Blanc Rouge de mes cheveux, sélectionnée aux César 2018 dans la catégorie meilleur court-métrage, la réalisatrice franco-camerounaise Josza Anjembe s’interroge sur l’obsolescence des institutions françaises.

Présenté un peu partout dans le monde dans 140 festivals, Le Bleu Blanc Rouge de mes cheveux est le premier court-métrage de la réalisatrice franco-camerounaise de 35 ans, Josza Anjembe. Journaliste de formation, elle est déjà l’auteure d’un documentaire sur la pratique du repassage des seins au Cameroun, Massage à la camerounaise, et de K.R.U.M.P, une histoire du Krump en France. Pour sa première fiction, la jeune femme s’est interrogée sur la question de l’identité française quand on est enfant d’immigrés. Elle pose un autre regard sur la difficulté des jeunes à s’intégrer, en pointant du doigt, non pas l’individu, mais les institutions. Peut-on arborer une afro et entrer dans le cadre que nous impose la société ? Une question qui ne devrait pas se poser…

Seyna – interprétée par la prometteuse Grace Seri – vient de décrocher son baccalauréat et la mention très bien. La jeune fille, née en France de parents camerounais, passionnée d’histoire et de politique françaises, peut enfin espérer obtenir la nationalité française et accéder aux bancs de Sciences Po. Même si cela doit passer par la perte de son identité camerounaise. « C’est la loi, c’est comme ça », lance-t-elle alors à son petit frère. Montrer la réussite des jeunes issus de l’immigration à l’écran, et leur amour pour la France, un parti pris peu exploité dans le paysage de la création hexagonale.

Des identités multiples

« Les enfants d’immigrés aspirent à aller plus loin que leurs parents, mais c’est également le cas pour un gamin qui vient du Limousin », tient à nuancer Josza Anjembe, pour qui il était important de mettre en lumière la faculté à vivre ensemble. « J’avais envie de rassembler », précise-t-elle. La réalisatrice a fait le choix de faire évoluer son personnage au sein d’une famille africaine traditionnelle, et de la faire graviter dans une sphère amicale franco-française. « Je me sens autant française que camerounaise. Je suis née avec des valeurs françaises et ma mère m’a transmis la culture et la langue douala, confie la trentenaire. La question de l’appartenance à un pays plus qu’à l’autre ne se pose pas ».

Aussi, l’héroïne sera prête à tout pour se faire adopter par le pays au drapeau tricolore « parce qu’elle est née en France et qu’elle est, de fait, française ». A commencer par défier son père, patriarche aimant mais intransigeant. Pour lui, hors de question que sa fille renonce à ses origines. « Le film est avant tout l’histoire d’une ado qui s’émancipe de son père », analyse Josza Anjembe.

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Des institutions figées

Résiliente, Seyna ira jusqu’au bout de sa démarche. Cartes de séjour de ses parents, attestation de réussite au bac… Manque plus que les photos d’identité aux normes. Problème, sa coupe afro est hors cadre. Elle fait alors l’expérience de la violence institutionnelle. Une épreuve que l’ancienne journaliste d’Africa 24 a vécue. Comme son héroïne, Josza Anjembe ressent d’abord « l’urgence ». Il lui faut un passeport et se rendre sur le continent pour le travail. « J’ai réagi en deux temps. Il y a d’abord eu un sentiment de résignation, car j’ai fini par aller me faire coiffer pour rentrer dans le cadre, raconte-t-elle au sens propre comme au figuré. « L’état pose un cadre, certains sont à l’intérieur, d’autres à l’extérieur, et nombreux sont encore ceux qui sont à la limite. Il faut donc repenser ces limites obsolètes », explique celle qui a ensuite ressenti de la colère. Elle choisira donc la fiction pour répondre à cette violence par un acte radical. « Parce que les grands gestes restent au cinéma ».

Touchant, ce court-métrage aux relents d’amertume parvient à raconter beaucoup de choses en seulement 20mn – l’attachement des jeunes pour leur pays, la question de la loi sur la double nationalité pour les Camerounais, la discrimination systémique, le phénomène d’acculturation – tout en teintant son récit d’espoir et de tendresse. « J’avais envie de montrer cette France multiculturelle, que j’aime, d’inscrire mon histoire dans un élan positif pour avancer plutôt que d’être dans le combat », détaille l’auteure qui travaille actuellement sur un deuxième projet de court-métrage et sur son premier format long, qui auront tous les deux pour thèmes : « l’amour ».

 

Le court-métrage sera diffusé sur France 2 courant 2018 et est déjà disponible sur télérama.fr jusqu’au 31 janvier.

La 43e édition des césar se tiendra le 2 mars 2018.