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Mouna Damen : une repat convoitée dans l’industrie hôtelière

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La Franco-Libano-Malienne, Mouna Damen, a fait ses armes dans la restauration avant d’être recrutée en Côte d’Ivoire pour officier dans l’industrie hôtelière. Après un retour en France, elle s’apprête à vivre sa vraie expérience de repat… à Bamako !

Si la croissance économique de certains pays d’Afrique encourage le retour au pays de nombreux expatriés d’ascendance africaine, nombreux sont aussi les recruteurs à aller dénicher eux-mêmes les talents de la diaspora pour développer leurs secteurs d’activité. C’est le cas de la Française Mouna Damen, 35 ans. Née d’une maman normande et d’un papa d’origine libanaise et malienne, elle a fait ses armes dans la restauration, avec seulement un bac en poche, et a vite occupé des postes à responsabilités grâce à son « travail et [son] caractère affirmé », avant d’être recrutée dans l’industrie hôtelière à Abidjan, en 2013.

« En Europe, on a des infrastructures au niveau de l’éducation qui sont très différentes de ce qu’on peut trouver en Afrique. Ce n’est pas mieux ou pire, toujours est-il que si de nombreux Africains envoient leurs enfants faire leurs études secondaires à l’étranger, notamment au Canada, aux États-Unis et en France, ce n’est pas pour rien », relève-celle qui n’a pas hésité à parfaire ses compétences tout au long de sa carrière.

Une première expérience à Abidjan

Mouna ne se projetait pas nécessairement en Afrique, mais la vie l’a rattrapée. C’est sous les conseils de l’un de ses confrères qu’elle rejoint l’équipe de l’hôtel Wafou en tant que maître d’hôtel. Un établissement stratégique, situé à deux pas de l’aéroport international, où elle est chargée de la clientèle européenne et internationale. Pas de quoi déboussoler la responsable. Elle connaît le secteur et la cible.

Pour autant, l’intégration s’avère plus difficile que prévue. « Quand on part en Afrique, on a tendance à confondre vacances et immigration », note-t-elle. La trentenaire a une attache avec la Côte d’Ivoire. Enfant, elle y séjourne pendant les vacances, son père y a fait une bonne partie de ses études avant d’arriver en France. Si socialement, Mouna n’a pas trop de difficultés à s’intégrer, et peut compter sur la présence de quelques membres de sa famille paternelle, professionnellement c’est d’abord la douche froide. « En tant que femme, déjà, et étrangère au pays j’ai dû m’imposer vis-à-vis de mes collaborateurs pour qu’on me respecte en tant que manager », se souvient-elle la gorge serrée.

Adopter de nouvelles stratégies managériales

La responsable doit revoir toutes ses méthodes managériales pour s’intégrer dans l’équipe et gagner en crédibilité. Elle s’acclimate et réapprend la culture africaine, les mœurs… « Il faut surtout faire attention à ne pas arriver en terrain conquis, en mode colon, prévient-elle… Il faut faire preuve de modestie, ouvrir la porte au dialogue pour savoir ce que l’autre a à vous apprendre, intégrer ses collaborateurs africains. C’est avec tous ces éléments que l’on peut parvenir à atteindre l’objectif fixé par la direction », complète-t-elle. Son assurance naturelle, sa détermination et son ouverture d’esprit l’amènent à se hisser au rang de responsable hébergement. Une création de poste qu’elle n’espérait pas.

Mouna tient sa position pendant deux ans, jusqu’en  août 2016, avant de quitter la Côte d’Ivoire. L’attentat survenu à Grand Bassam le 13 mars 2016 l’affecte profondément. Il lui devient difficile de continuer à vivre dans un tel climat. Elle décide de voyager seule pendant un mois puis de se réinstaller en France. Perfectionniste, Mouna ira parfaire ses compétences à Béziers, dans le sud-est de la France, en suivant une formation de 10 mois en tant que responsable d’établissement. Une parenthèse qui lui permet de prendre du recul sur son expérience africaine.

« C’est en rentrant que je me suis rendue compte de la chance que j’avais eu de vivre cette expérience. Humainement, même en tant qu’expatriée, une fois là-bas, on finit par redescendre de son piédestal », concède-t-elle. Tandis que « professionnellement, en révisant ma pédagogie, je suis parvenue à m’adapter à l’Afrique ».

Un African dream… à Bamako ?

Si l’expérience n’aura pas eu de révélation identitaire directe sur celle qui est pourtant le fruit du métissage, elle aura confirmé chez Mouna sa faculté d’adaptation. « Je me suis imposée avec ma richesse culturelle et professionnelle et j’ai réussi à m’entourer de belles personnes, tant des expatriés que des autochtones que des personnes de la diaspora libanaise ». Son African dream – cette idée qu’on a tendance à accoler au phénomène de « répatriation » – Mouna Damen le vivra sûrement dans le pays d’origine de son père, à Bamako.

Elle est en passe d’y effectuer un stage de deux mois et demi, d’ici mars prochain, dans le but d’intégrer l’un des plus grands groupes hôteliers du pays. Rejoindre une entreprise africaine faite par les Africains, un positionnement qui a su séduire la future directrice d’établissement. « Dans le contexte africain, il y a énormément de force dans ce crédo. L’idée étant de faire revenir les talents, qui se trouvent majoritairement à l’extérieur du continent, de former et de professionnaliser les Africains pour rendre la masse salariale africaine forte », détaille celle pour qui « la vraie aventure du retour au pays s’apprête à commencer ».