article

Stud’Afrik : la plateforme des étudiants pour trouver une expérience professionnelle en Afrique

studafrik

Pas facile de trouver un stage en Afrique ! Ce n’est pas Yeelen Rempanot qui dira le contraire. Née au Gabon, la jeune femme de 23 ans, installée à Paris, a fondé Stud’Afrik : un site simple et efficace destiné à tous les jeunes à la recherche d’un stage/un premier emploi sur le continent.

Tout est parti d’une frustration. Dans le cadre de ses études supérieures, Yeelen Rampanot – diplômée d’un bachelor à l’ESG Paris et d’un prochain master à Supdepub à Londres – cherchait un stage à Abidjan, ville reconnue comme l’une des capitales africaines de l’innovation et des geeks. Étudiante en communication, elle souhaitait approfondir ses connaissances dans le domaine suite à son passage chez Totem Expérience.

Le problème ? Impossible pour la Gabonaise de trouver son bonheur. « Ça me frustrait parce que je voulais vraiment y aller mais je n’avais pas d’informations sur la législation, la gratification des stagiaires, la procédure pour le visa et tout ce qui s’en suit. Je me suis demandée pourquoi c’était si compliqué. Ça ne devrait pas l’être », raconte-t-elle.

En plus du manque de renseignements, est venue s’ajouter la problématique du profil des expatriés. « Il n’existe que des opportunités pour des managers ou des cadres, des personnes de 3 à 5 ans d’expériences », regrette Yeelen. L’idée d’une plateforme inspirée du site français L’Étudiant (spécialisé dans l’orientation et la formation des études) lui vient alors à l’esprit.

« J’ai décidé de créer comme la boîte outil de l’étudiant désireux de trouver un stage ou un premier emploi sur le continent africain : Stud’Afrik ». Parce que lorsque l’on tape « stage en Afrique » dans un moteur de recherche, on ne trouve que des offres en Afrique du Sud ou des bénévolats dans des associations humanitaires. Son initiative promeut exclusivement des entreprises d’Afrique subsaharienne francophone afin de les mettre en lumière.

De nature prudente, mais convaincue par son projet, Yeelen a eu trois mois de réflexion avant de lancer la page Facebook de Stud’Afrik, le 26 mars 2017. En très peu de temps, plus de 5 000 personnes ont aimé la page. Un an plus tard, elle publie une vidéo sur Twitter annonçant la création du site « un peu pilote ». La plateforme séduit !

Il est conseillé de toujours s’entourer lorsqu’on se lance dans une aventure entrepreneuriale. Qui travaille avec toi sur Stud’Afrik et quelle est ta cible ?

Nous sommes une équipe de cinq gabonaises, toutes en fin de parcours de cursus, vivant entre Montréal, Londres et Paris. Ce n’est pas fait exprès, j’aurais souhaité des membres venus d’autres pays africains afin de profiter des connaissances des uns et des autres.

Je veux que les gens se sentent compris et proches de nous. C’est facile pour moi de comprendre les Gabonais car j’ai grandi au pays. Je ne peux pas comprendre un étudiant béninois ou un ivoirien. On n’a pas forcément les mêmes problématiques.

Je veux vraiment que la plateforme soit centrée sur l’Afrique, particulièrement l’Afrique subsaharienne francophone car, premièrement, je ne maîtrise pas tout le continent, et deuxièmement, il y existe des plateformes comme la nôtre assez bien développées pour le Maghreb ou l’Afrique anglophone. Je souhaite répondre aux besoins des jeunes étudiants et jeunes diplômés d’Afrique, de la diaspora mais aussi d’un étudiant américain ou chinois.

Comment trouves-tu les offres d’emploi des start-ups et entreprises installées dans cette zone ?

Au début, je faisais de la veille constante. Je cherchais sur Linkedin ou d’autres sites. Mais au fur et à mesure, les gens qui savaient ce que je faisais ont commencé à m’en envoyer sur WhatsApp. C’est un problème d’ailleurs car les offres d’emploi se trouvent/se cherchent par bouche à oreille. C’est difficile d’être informés surtout lorsque ce sont les startups qui ont besoin d’étudiants.

Aujourd’hui, on a adopté une autre méthode, moins épuisante et plus efficace. On contacte directement les entreprises afin d’apporter une offre exclusive à l’étudiant. On ne récupère plus forcément ce qu’il y a ailleurs et on ne propose pas d’offres d’emploi qui demandent plus de deux ans d’expérience parce après deux ans, on n’est plus jeune diplômé.

Stud’afrik, ce n’est pas que des offres d’emplois, c’est aussi des conseils carrières et des interviews parcours d’entrepreneurs…

Lorsque j’ai lancé la page, les gens n’ont pas tout de suite compris. Ils pensaient que j’étais une sorte de cabinet de recrutement. Ils m’envoyaient des CV…

J’ai remarqué que les CV étaient souvent en format word, les mails ne contenaient pas d’objet ou parfois pas de corps de texte. C’était envoyé sans relecture et j’avais l’impression que ce qui nous semblaient évident ne l’étaient pas pour eux. On veut vraiment les aiguiller. Stud’afrik est une boîte à outils pour que les Africains aient autant de chance que les Américains de trouver un stage chez Total Gabon par exemple. Je souhaite que les Gabonais puissent avoir un bon CV, et toutes les clés pour envoyer leur candidature dans les meilleures conditions.

On veut aider les étudiants mais également mettre en lumière les startup dont on ne parle pas toujours avec, à la tête, des personnes qui œuvrent pour les jeunes et l’Afrique. Le but est d’inspirer et de montrer que s’ils l’ont fait, on peut tous le faire. Ça peut être des entrepreneurs comme un étudiant qui travaille dans une entreprise internationale par exemple.

Lorsque le site internet sera mieux développé, quelles seront les nouveautés qu’on trouvera sur Stud’Afrik ?

On aimerait qu’il y ait une partie témoignages dans laquelle les étudiants nous raconteraient leurs expériences. Pour l’instant, nous recevons des messages d’étudiants qui nous disent que les entreprises n’ont pas donné de retour. On leur répond que ce n’est pas de notre ressort… On publie l’annonce mais on ne peut pas mettre les CV en haut de la pile.

A terme, j’aimerais réaliser des forums et des rencontres sur le continent pour les étudiants, car je trouve ça incohérent de valoriser l’Afrique et ne pas y être. J’aimerais qu’un Burkinabé qui cherche un stage à Abidjan ou à Dakar se rende sur Stud’Afrik et trouve toutes les informations, ainsi que des gens sur place qui puissent l’aider pour le logement.

Ça serait vraiment tout simplifier pour pouvoir mettre en avant les initiatives et le développement de l’Afrique pour les jeunes africains, par les jeunes africains.

Aurais-tu imaginé vouloir rentrer aussi vite sur le continent lorsque tu es arrivée en France à l’âge de 17 ans ? As-tu dû faire face à des désillusions ?

J’étais contente de venir au début. Je suis allée en classe préparatoire et j’ai eu la chance de trouver une amie camerounaise, on était que deux noires. On m’a fait sentir que je n’étais pas d’ici.

Je voyais la France comme un pays de vacances sans soucis et une terre d’opportunité dans laquelle on pouvait faire plein de choses. En réalité, il y a tellement d’actions déjà réalisées ici qu’il faudrait aller les créer chez nous. Si tout le monde se dit – comme moi avant – qu’il n’y a rien à faire dans mon pays, je préfère aller en France… il n’y aura jamais rien.

Venir ici m’a fait découvrir que j’étais Gabonaise et redécouvrir que j’étais africaine. Je ne m’intéressais pas à la culture et la littérature africaine avant de m’installer en France. Ça m’a ouvert les yeux sur mon pays, la diaspora et les autres communautés. C’est pour cette raison aussi que j’ai voulu faire un stage à Abidjan. Avant de quitter le Gabon, je n’aurais jamais souhaité faire un stage là-bas parce que je ne m’intéressais même pas la Côte d’Ivoire !

J’ai grandi en Afrique, pour le moment je suis en France mais je sais que je ne ferai pas ma vie ici. Deux ans après mon arrivée, à l’âge de 19 ans, j’ai compris que je rentrerai au Gabon.

À lire : Emma Camara, une « repat' » ambitieuse qui ne regrette pas son retour en Afrique