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AfrikanTex : vers la structuration de la mode afro-parisienne

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La créatrice franco-congolaise, Sinaï Umba Di-Yaba, défend une mode afro-parisienne dans un marché où il y a encore tout à construire. Raison pour laquelle elle a co-fondé le salon B to B dédié à la mode et aux tendances inspirées d’Afrique, AfrikanTex, qui se tiendra les 15 et 16 juin prochains à Paris.

Cette ingénieure en informatique de formation, de 30 ans, née à Kinshasa (RDC), a décidé de tout quitter pour lancer, en 2016, un blog réservé à la création inspirée d’Afrique, Inside African Closet. Puis sa marque de prêt-à-porter dite « afro-parisienne », Sinai Yaba. A l’heure où la revendication du made in Africa n’a jamais été aussi vive, la trentenaire défend l’importance de développer une mode cosmopolite et « universelle » quand on est une jeune femme noire de France.

« Je suis très parisienne dans la manière de m’habiller, c’est un style qui rayonne partout dans le monde. J’ai souhaité ajouter une esthétique africaine et actualiser l’image de la Parisienne, qui serait plus en adéquation avec les femmes que l’on croise dans les rues », explique celle pour qui sa double culture franco-congolaise fait partie intégrante de son identité.

Une mode « fusion » et universelle

Faire le pont entre l’Europe et l’Afrique en injectant une dose d’africanité à ses créations, voilà ce à quoi s’attelle la créatrice. Et cela donne un mix and match réussi, à l’exemple de sa première collection naturellement baptisée « La Nouvelle Parisienne », où elle revisite, entre autres modèles, la très française marinière à coups d’incrustations wax. « Ce tissu symbolise, quoi qu’on en dise, cette mode universelle dans la mesure où le wax relie trois continents. Le produit vient d’Asie, a été développé par les Européens – avec les usines hollandaises comme Vlisco, ndlr – et il a été adopté par les Africains », rappelle la créatrice.

Cette dernière met également en valeur d’autres tissus africains sélectionnés pour leur qualité d’impression, comme le kenté ou le méba, tissu noir originaire du Ghana qui lui a permis de confectionner sa petite robe noire – parfait alliage de tradition couture à la française et de noblesse des matières premières africaines -, du pagne tissé et consorts. Si la fusion a réussi à s’implanter dans les assiettes des grands restaurants parisiens emmenés par des chefs africains, elle se fraye tout doucement un chemin dans le secteur du textile.

Rassembler pour développer l’économie d’un marché embryonnaire

En témoigne la création de la première édition du salon annuel, AfrikanTex, portée par Sinaï Umba Di-Yaba et son associée Dorah Kingue. Un événement qui aura pour thème « L’Afrique iconoclaste », qui s’affranchit des foires mass market pour venir accueillir une poignée de créateurs soigneusement triés sur le volet, « qui adhèrent à l’idée de développer le marché ». C’est au sein d’une galerie parisienne dans laquelle les exposants auront un vrai espace dédié et scénographié à l’exemple de concept stores, que le salon prendra ses quartiers.

« Avec Dorah, nous voulons répondre aux besoins de ce marché qui demeure très individuel, qui n’est pas assez structuré, pour passer à un niveau supérieur », espère la co-fondatrice d’AfrikanTex, dont l’ambition est de réunir au cours d’une journée les acteurs majeurs de la création mode et tendance inspirée de l’Afrique pour les mettre en réseau. Mais aussi leur permettre de réfléchir à l’économie de ce marché et à sa possible pérennité.

« Pour se faire il est nécessaire d’identifier les acteurs, de connaître les chiffres liés au volume de ventes etc. », insiste Sinaï. Et de compléter : « Ma propre expérience de créatrice m’a fait prendre conscience de la solitude qu’on pouvait rencontrer. On doit partir à la recherche des informations soi-même, des fournisseurs pour trouver les bons tissus, et ça peut vite devenir compliqué ». Tout un pan dédié au networking et au coaching sera, de fait, réservé aux créateurs pour répondre à ces problématiques.

D’où la nécessité pour les fondatrices de rassembler des porteurs de projets « prêts à avancer ensemble dans un marché, pour l’heure, trop éparpillé et disparate, en termes d’offre de tissus, de créations, de prix et de qualité. Mais c’est le cas pour tous les marchés du prêt-à-porter », nuance Sinaï. Comprendre les enjeux du marché, identifier la création, faciliter la mise en relation entre créateurs, clients individuels et professionnels, autant de points qui seront passés au crible lors de l’événement.

Salon Afrikantex
15 et 16 juin prochains à Paris, à la Galerie Joseph Saint-Martin, Paris 3e