video

Dj Cuppy, la Nigériane aux manettes de sa petite industrie

dj cuppy

Fille de Femi Otedola, business man nigérian ayant fait fortune dans l’industrie pétrolière, DJ Cuppy a hérité du sens des affaires de son patriarche. Évoluant dans un secteur à dominante masculine, l’ex protégée de Jay-Z est aussi à la tête d’une agence de management de talents africains. Et concilie musique et business, passion et carrière.

Il nous aura fallu plus d’un mois et demi et une petite trentaine de mails échangés avec ses managers respectives pour finalement décrocher un entretien avec celle qui accorde afrobeats au féminin. Parce que si Florence Ifeoluwa Otedola, a.k.a Dj Cuppy, fait vibrer les dancefloors des capitales africaines, européennes et américaines, c’est dans les airs, donc, qu’elle passe le plus clair de son temps.

Passages radio, interviews, campagnes de pub et DJ sets, la productrice nigériane, née à Lagos et installée à Londres, est sans arrêt en déplacement à bord de son jet privé. Un rythme de vie à 100 bpm. Productrice, entrepreneure et créatrice de son propre label, l’ex poulain de Jay-Z est également la première ambassadrice Pepsi à l’international. Et compte bien, du haut de ses 25 ans, concilier musique et business à l’image de Mrs Carter.

Si on a tendance à faire rimer le Djing et monde de la nuit avec mode de vie oisif, cette diplômée en économie et en business au King’s College de Londres et en industrie musicale à l’université de New York, est une élève studieuse. Cuppy n’a pas encore publié d’album qu’elle fédère déjà près de 680 000 followers sur Instagram, 289 000 sur Twitter et plus de 64000 fans sur Facebook cumulés en quatre ans seulement. Tandis que son dernier tube en featuring avec le Ghanéen Sarkodie récence plus d’un million de vues sur Youtube depuis sa sortie fin mars dernier. Entretien entre deux escales.

Vous êtes diplômée d’un master en industrie musicale et avez étudié l’économie… Une formation qui en dit long sur vos objectifs de carrière.

Elle rit. La musique a toujours été ma passion. Je suis lauréate du prix Alumni Artistic Achievement de la promotion 2017 de l’université de New York. Etudier la musique a décuplé mon sens de la créativité. Tandis que la filière économie, en effet, même si ce sont mes parents qui m’ont suggéré de suivre cette voie, m’a permis de devenir entrepreneure. Je ne regrette rien !

Qui vous a transmis cette fibre entrepreneuriale justement ?

Sans hésiter, mes parents ! Ils sont tous les deux entrepreneurs au Nigeria. Mon père est l’un des hommes d’affaires les plus reconnus de notre pays. Quand j’étais petite, on jouait au Monopoly ensemble, c’est dire ! Mon père a travaillé dur toute sa vie et il continue. J’ai grandi en étant consciente de la valeur du travail. C’est ce qui me permet de garder les pieds sur terre.

En 2014, vous avez lancé votre propre société de production de musique et de management, Red Velvet Music Group. Etait-ce par difficulté à trouver un label ou pour être indépendante artistiquement et financièrement ?

Je voulais créer un environnement qui puisse aider les talents africains à se développer. Il y avait un manque criant de structures d’accompagnement dédiées aux jeunes artistes au Royaume-Uni. En Europe et même partout ailleurs, il n’existe pas d’agence spécialisée dans le management de talents africains. J’ai décidé de comblé de manque. On a travaillé avec Mr Easi, fait des collaborations avec la blogueuse mode JTO, du consulting pour des événements… Donc en marge de ma propre carrière, je développe ce business dans l’espoir de révéler les futures Cuppies !

Vous êtes passée par le label de Jay-Z, Rock Nation…

C’était une expérience formidable, qui a vraiment aidée à développer ma fibre entrepreneuriale ! J’ai été signée trois ans quand j’étais à New York. Je suis très inspirée par la faculté qu’a Jay-Z, que j’ai rencontré (!), d’être à la fois un artiste et un business man. C’est ce que je tâche de faire avec Red Velvet Music Group.

dj Cuppy
(c) Dj Cuppy

Dans le secteur du DJing, vous êtes probablement la seule femme africaine à jouir d’un succès international. Qu’est-ce que ça fait de représenter les femmes derrière vos platines dans un secteur largement dominé par les hommes ?

Etre une femme dans une industrie masculine n’est pas facile du tout ! Surtout une femme africaine. Les Occidentaux commencent tout juste à découvrir notre musique. Au début de ma carrière, personne ne voulait entendre de l’afrobeats. Quand les gens ne connaissent pas, ils n’aiment pas. J’ai vraiment dû m’imposer pour faire partie de la scène. Le fait d’être une femme ne devait pas m’empêcher de devenir Dj. Et je le prouve à chacun de mes concerts. Je compte bien rester dans le secteur.

En 2015, vous avez donné une tournée dans huit pays d’Afrique, du Nigeria au Sénégal, en passant par le Ghana, le Rwanda ou encore l’Afrique du Sud. Garder un pied sur le continent, c’est essentiel pour votre carrière ?

Mon inspiration et mes influences sont en Afrique. Et je bâtis ma marque sur le continent, même si je suis installée à Londres. Raison pour laquelle je séjourne très fréquemment en Afrique. Notre économie au Nigeria repose sur l’industrie de la mode et de la musique, je ne peux pas ne pas en être !

Mais je me nourris également d’autres pays d’Afrique, de la culture francophone notamment, tout en apportant ma culture nigériane un peu partout où je vais. Je me sens ambassadrice de la culture africaine, pas uniquement nigériane.

Je suis fière de faire partie de la scène afro pop actuelle. J’ai travaillé dur pour ça. Grâce à des artistes comme Wizkid et Davido, nous sommes aussi reconnus. Mais c’est très important de garder un œil sur ce qu’il se passe à la maison. Je ne veux pas être qu’un phénomène de mode ! Certains artistes ne sont jamais allés en Afrique, il faut s’assurer de garder son authenticité en revenant à la source et en exprimant sa propre vision de l’Afrique.