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Mutilations sexuelles féminines : l’état des lieux du dernier rapport du Sénat

mutilation sexuelles féminines

La délégation aux droits des femmes du Sénat français vient de dévoiler son rapport sur les mutilations sexuelles féminines emmené par les sénatrices Maryvonne Blondin et Marta Cidrac… Encore un effort de sensibilisation et de mobilisation à faire pour mettre fin à la pratique.

C’est dans le contexte de renouvellement du Sénat de septembre 2017 sur les violences faites aux femmes, que la délégation aux droits des femmes du Sénat a souhaité travailler sur les mutilations sexuelles féminines (une menace toujours présente, une mobilisation à renforcer, mai 2018). Une pratique qui touche une femme sur trois sur le continent africain (selon une analyse de l’UNICEF datant de 2013). Et 500 000 migrantes au total en Europe (INED, 2017). Les femmes aussi bien que les fillettes et adolescentes sont concernées.

« L’âge auquel sont pratiquées les mutilations varie selon les pays : généralement entre 5 et 15 ans en Somalie, au Tchad, en Égypte et en RCA, avant 5 ans au Nigeria, au Mali, en Érythrée, au Ghana ou en Mauritanie, précise l’enquête. Les mutilations se produisent parfois à un âge encore plus avancé ». Le rapport soulève que certaines femmes sont excisées dans la vingtaine. Selon le Docteur Pierre Foldès, « Les femmes originaires du sud du Burkina-Faso, de la Côte d’Ivoire, de Guinée sont mutilées de plus en plus tard, parfois à l’âge de vingt-cinq ans, parfois plusieurs fois« . Ce qui n’est pas sans conséquence sur l’état physique et psychologiques des femmes.

Un traumatisme physique et psychologique

Généralement réalisée sans anesthésie, rappelle le rapport, la pratique s’inscrit en effet dans un « contexte de violence », et aboutit sur de nombreux traumatismes. L’analyse reprend une étude de l’INED démontrant que les victimes sont confrontées à de nombreux problèmes de santé et troubles fonctionnels, tels que les infections urinaires et gynécologiques, les déchirures à l’accouchement.

« Les femmes excisées sont aussi plus nombreuses à déclarer des symptômes de mal être, tristesse et découragement. (…) Mais c’est dans le domaine de la sexualité que les résultats sont les plus marquants. Les femmes excisées ont des difficultés récurrentes dans leur vie sexuelle : leur vécu est en effet plus souvent insatisfaisant voire systématiquement douloureux. »

Émaillé de témoignages de médecins, responsables associatifs, travailleurs sociaux, le rapport donne également la parole aux victimes, lesquelles font part de leur souffrance et des difficultés rencontrées pour se reconstruire en tant que « femme à part entière ».

Devoir de sensibilisation

Au vu de l’ensemble de ces violences dont sont victimes les personnes mutilées, l’analyse insiste sur le travail de sensibilisation à faire auprès des filles et jeunes femmes, notamment celles issues des communautés émigrées susceptibles de subir la pratique lors de séjours au pays d’origine. La campagne Alerte excision de l’association Excision parlons-en réalise à cet effet ce travail de prévention.

Pour autant, ce ne sont pas les populations les moins éduquées les plus touchées par le phénomène, souligne l’enquête. Le poids des traditions et des croyances l’emportant sur l’instruction.

« Docteur Emmanuelle Piet, ancienne médecin de PMI et présidente du Collectif féministe contre le viol, entendue par les co-rapporteures le 15 mars 2018, a rappelé que l’excision, à l’origine, s’inscrivait dans une préoccupation de prestige social, logique qui peut faire échec à l’incidence de l’éducation, a fortiori quand il y a une consigne générale de silence. Ainsi a-t-elle relevé que les féministes égyptiennes ne parlent pas de leur excision : c’est par le tabou, a-t-elle conclu sur ce point, que l’on maintient ce genre de coutume ».

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Poids des traditions

Et si la pratique demeure dans l’inconscient collectif associée aux religions monothéistes, à commencer par l’Islam, l’étude rappelle qu’elle n’est prescrite dans aucun texte religieux. Au-delà des considérations religieuses, c’est la pression sociale qui rentrerait davantage en compte.

L’enquête revient sur l’observation menée par un rapport de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe « Les normes sociales jouent un rôle clé dans la persistance de ces pratiques : elles sont la marque d’une culture et d’une tradition dont le non-respect entraîne nécessairement le rejet social et la marginalisation. Ainsi les mutilations génitales féminines reposent-elles sur la croyance selon laquelle les hommes n’épouseront que les femmes qui ont été excisées ou infibulées et sur la volonté d’un mariage conforme aux convenances ».

Si la pratique ne relève pas de la question religieuse, elle est encore moins culturelle et relève de la tradition, relève l’analyse à travers la voix du Docteur Morrissanda Kouyaté, directeur exécutif du Comité interafricain sur les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants. Selon lui, il faut conscientiser les nouvelles générations à cette « violation des droits humains des femmes et des filles ». Une lutte qui doit être menée par toute l’humanité.

Mobilisation

D’où l’importance de la mobilisation individuelle et collective. Il en va de la responsabilité des familles qui doivent entamer un processus de dénonciation. Et de la mobilisation internationale à travers le renforcement de l’engagement de l’ONU.

Alors que l’objectif d’éradication de la pratique est prévue pour 2030, « le secrétaire général de l’ONU notait, le 6 février 2018, qu’en l’absence d’une action concentrée et rapide, [le nombre de victimes] pourrait augmenter de trois millions par an d’ici à 2030.

Pour éviter ce fléau et protéger la nouvelle génération de mineures, le rapport souligne donc l’importance du « soutien d’associations engagées dans la lutte contre les mutilations sexuelles féminines et la formation de tous les professionnels concernés au repérage, à l’orientation et à l’accompagnement des victimes ».