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23 mai : retour sur l’hommage aux victimes de l’esclavage colonial

23 mai

Instaurée officiellement en 2017, la journée nationale en mémoire des victimes de l’esclavage colonial a célébré ses 20 ans hier.

Vingt ans après la marche silencieuse du 23 mai 1998 – créée à l’initiative du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage (CNMHE) -, citoyens, associations, collectifs, parlementaires, personnalités et anciens ministres majoritairement issus des départements d’Outre-mer (parmi lesquels l’ancienne garde des sceaux Christiane Taubira, la journaliste Audrey Pulvar, le député de Guadeloupe Olivier Serva ou encore l’historien et président du Comité National pour la Mémoire et l’histoire de l’Esclavage (CNMHE) Frédéric Régent), se sont rassemblés hier.

Devoir de mémoire

Cette manifestation en hommage aux aïeux esclaves a pour but de commémorer ceux qui sont morts dans l’oubli et de perpétuer le devoir de mémoire. « Nous sommes tous descendants d’esclaves. Nous avons longtemps parlé de nos ancêtres comme des esclaves, or ce sont avant tout nos parents. On a décidé de sortir du déni et de la honte et de parler d’eux comme il se doit, comme des êtres humains », confie l’un des participants à la marche.

Inscrite officiellement au calendrier mémoriel de la République française depuis 2017 par la loi égalité réelle Outre-mer, cette journée a notamment pu voir le jour grâce à la résilience des présidents respectifs du comité du 23 mai, Emmanuel Gordien et Serge Romana. « On ne connaît pas notre histoire. On a dû se battre pendant 20 ans pour avoir une loi pour que nos enfants connaissent leurs droits et sachent d’où ils viennent », rappelle une manifestante. « Il fallait que le gouvernement français, l’hexagone, prennent conscience qu’il y a des Noirs qui sont aussi français. Il faut que la France accepte son histoire », poursuit-elle.

Autre moyen de cristalliser ce devoir de mémoire, la recherche généalogique. C’est ce qu’a rappelé une représentante de l’atelier généalogie du CM98 (AGHFA) lors de la cérémonie Limyé Bayo qui a vu défiler une belle brochette d’artistes caribéens (Jocelyne Bérouard, Dédé Saint-Prix, Davy Suicard etc.).

Reconnaissance de la France et de tous les Français

Ce rassemblement qui avait fédéré quelque 40 000 personnes à Paris en 1998 répond à la journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage créée en 2006 par l’ancien président Jacques Chirac. L’esclavage a été officiellement aboli en France le 27 avril 1848, il y a 170 ans. Tandis qu’en Martinique, la date a été fixée au 23 mai sous l’impulsion de Victor Schœlcher. Une commémoration d’autant plus symbolique pour les participants. « Pour la Martinique, notre présence est fondamentale. L’état français reconnait qu’il y a eu crime contre l’humanité. Il ne faut pas oublier qu’il existe encore des négationnistes, alerte un manifestant. On a besoin de se rassembler tous ensemble – Français d’Outre-mer, la diaspora africaine et les Français ‘pure souche’». La marche entend ainsi conscientiser tous les Français face au racisme encore latent de la République française.