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Jessica Cerito Yoffou : créatrice du premier salon de coiffure pour enfants aux cheveux afro en Europe

Hoji maison de la tresse

L’Ivoirienne d’origine, Jessica Cerito Yoffou, a ouvert le 23 avril dernier, le salon de coiffure HOJI, maison de la tresse. Un espace ludique spécialisé dans l’entretien et la mise en beauté des cheveux afro pensé sur-mesure pour les enfants et leur bien-être.

Coiffée d’un afro court et de cornrows sur le côté, Jessica Cerito Yoffou marche d’un pas assuré du haut de son mètre 80. C’est dans le 9ème arrondissement de Paris, à mi-chemin entre les vastes boulevards de Saint-Lazare et le quartier populaire de Gare du Nord, qu’on la retrouve devant son salon dédié aux 3-14 ans : HOJI, maison de la tresse. « On peut se tutoyer, ici, on est chez les enfants » annonce-t-elle le sourire aux lèvres et les yeux rieurs. Une information à prendre au sérieux car une fois la porte du local ouverte, on découvre un univers coloré, ludique et chaleureux… comme la chambre d’un enfant.

On ne sait plus où poser le regard. D’abord, il y a les illustrations amusantes et originales de Natacha Nze Ndong – à qui l’on doit les dessins dans Le Petit Manuel Du Cheveu Crépu– joliment accrochées sur les murs blancs. Ensuite, les héroïnes Vaiana et Tiana, princesses Disney noires, se tiennent fièrement sur une commode sur laquelle des lectures pour enfant telles que Zékéyé et Maina ou encore Le merveilleux caméléon de Nayah nous font de l’œil. Les produits Shea Moisture et vaporisateurs hydratants made in HOJI embaument la pièce, tandis que les perles, les coloriages, les peignes roses et noirs sont exposés de manière à ce que « les invités de 3 à 14 ans puissent y toucher ». Chez HOJI, les enfants ont le droit de TOUT toucher.

« Ce n’est pas juste un salon de coiffure. C’est tout un univers, un état d’esprit. C’est un endroit de rencontre pour les enfants mais aussi pour les parents. Il y a des échanges autour du cheveux, bien sûr, mais ça va plus loin. On parle aussi de confiance en soi. Il y a eu beaucoup de travail derrière chaque détail », assure l’entrepreneuse de 36 ans. L’idée de ce concept lui est venue l’année dernière lors de son congé maternité.

Enceinte de jumeaux, elle n’avait ni l’envie ni le temps de coiffer sa fille ainée dotée d’un afro bouclé et volumineux. « J’ai demandé à mon mari de l’emmener chez le coiffeur. Il n’a rien trouvé. J’ai voulu chercher moi-même, j’ai appelé des copines et rien ! Pendant 15 jours, sans m’en rendre compte, j’ai réalisé une étude de marché », se rappelle-t-elle. Alors sans plus attendre, Jessica Cerito Yoffou a décidé d’ouvrir son propre salon spécialisé dans les tresses et soins pour enfants. Ce n’est pas une chose étonnante quand on connaît la personnalité et le parcours de Jessica.

Actuellement à la tête d’une société de rénovation dans l’immobilier, elle a d’abord étudié le droit pour faire plaisir à ses parents, puis s’est retrouvée au sein du groupe Vlisco, elle a été assistante d’un réalisateur avant de se lancer dans le monde de la pub et d’intégrer l’une des plus grandes agences du secteur. Dans tout ça, la coiffure a trouvé sa place puisque depuis son adolescence, Jessica s’envole outre-Atlantique, direction la ville de Boston. « C’est là-bas que j’ai été formée. Ma cousine travaillait dans un salon déjà tourné vers les cheveux naturels à l’époque, même s’ils faisaient des mèches. J’y allais deux fois par an ».

En plus de revenir avec « des tissages indissociables de ses cheveux », ironise-t-elle, Jessica améliorait ses techniques de coiffures. Aujourd’hui, ces expériences lui sont grandement utiles. C’est elle-même et une autre coiffeuse recrutée par ses soins qui ont chouchouté les 50 petites têtes venues chez HOJI depuis l’ouverture.

Déprogrammer toutes les mauvaises habitudes capillaires

Après une étude effectuée en collaboration avec l’hôpital Necker et une directrice de centre aéré, Jessica a conçu ce salon pour éduquer la nouvelle génération : « évitons la douleur des tresses trop serrées, les défrisages, les tissages et enfin le big chop. Faisons simplement des cheveux naturels ».

Pour cela, elle a mis tout en œuvre pour que l’enfant se sente à l’aise dès qu’il rentre chez HOJI. « On a pris tous les codes d’accueil de l’enfant. Si vous venez un jour de rush, vous verrez que ça court partout mais c’est fait pour ! Ils ont le droit de se déplacer, de découvrir, de toucher leurs cheveux. On se rend compte que c’est rare pour les enfants africains et métisses de toucher leurs cheveux une fois qu’ils sont coiffés ».

C’est l’enfant qui choisit sa coiffure en fonction de son type de cheveux. Tresses Digrey, Gali, Noka ou Datchey… les coiffures portent le nom de village ivoiriens et excluent les mèches ou tout autre artifice. « Un enfant ne peut pas rester des heures assis comme un adulte. Et les mèches sont lourdes sur leur tête. Le but est qu’ils découvrent leurs cheveux et voient tout ce qu’il est possible de faire avec. Je leur explique qu’on a des cheveux magiques. Ils peuvent regarder vers le ciel, vers le bas, ils peuvent avoir des tresses, être raides.  On a un capital beauté unique au monde et il faut qu’on s’en rende compte », assure Jessica. Et de continuer : « Il y a des choses à faire au quotidien pour les cheveux, comme pour la peau. Et ça, on le transmet automatiquement aux enfants sans se poser de questions. Ça doit être la même chose pour les cheveux ».

Ainsi à travers des ateliers comme « Les cheveux crépus au quotidien, comment en prendre soin ? » ou « Les cheveux en vacances ! » , elle essaie de « déprogrammer » toutes les mauvaises habitudes instaurées depuis des années. « En réalité, le plus difficile c’est les parents. On a un rapport aux cheveux différent, on a envie que le peigne fin passe dans les cheveux. Tout ça s’explique par le formatage qu’on a eu mais les enfants, eux, n’ont pas encore conscience de ça et c’est maintenant qu’il faut leur dire que leurs cheveux sont normaux, beaux ».

Privilégier le bien-être de l’enfant

Un espace de type coffee shop dédié aux adultes se trouve au fond du salon pour qu’enfants et parents aient de bons souvenirs chez HOJI : « Un jour, un papa était heureux de vivre ça avec sa fille. Il m’a dit qu’elle se souviendra certainement de ce bon moment passé au salon de coiffure. Elle ne parlera pas de douleur. Aujourd’hui je ne connais pas une femme noire qui peut me dire ‘ c’était super quand je me coiffais, quel moment’ ! » plaisante-t-elle.

Jessica pense déjà à étendre le concept HOJI dans plusieurs grandes villes françaises telles que Montpellier et Toulouse mais aussi au Nigeria, en Guadeloupe et en République Dominicaine. En attendant, elle et ses équipes préparent le premier Festival HOJI : « Il n’existe aucun endroit où tous les enfants afrodescendants se retrouvent autour des cheveux. On commence par un mini festival et, qui sait ce que nous réservera l’avenir » ?

Rendez-vous le samedi 16 juin !

Plus d’information ici :

HOJI est ouvert : Les mardi, jeudi et vendredi de 16h à 19h

Les mercredi, samedi, dimanche  et vacances scolaires : de 8h30 à 18h30

ADRESSE

55 rue de Maubeuge

75009 Paris

Métro : Poissonière ou Gare du Nord