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Sudan Archives : une femme orchestre aux confluents de l’Afrique et l’Occident

La violoniste et vocaliste africaine-américaine se produisait à Paris dimanche 2 juin, pour défendre son nouvel EP, Sink. Plongée au cœur d’une expérimentation sonore entre folk soudanais et électro occidentale.

Il est environ 21h dans l’étroite salle du Pop up du Label… peuplée – en ce dimanche soir – de cool kids parisiens et internationaux venus découvrir, après seulement un passage dans la capitale, Britney Denis Park, a.k.a Sudan Archives. A 24 ans, la Californienne, née dans l’Ohio, a dévoilé fin mai son deuxième petit format : Sink.

Archives africaines

Ce genre d’ovni électro à la sève africaine que l’industrie musicale peine à classifier. Si certains rangent celle qui ne jure que par la musique soufie d’Asim Gorash, d’un obscur producteur soudanais, qui répond au nom de Sufyvn, et de l’artiste camerounais Francis Bebey, « un rôle modèle, un excellent musicien à cordes, ethnologue et musicologue », dans la catégorie R&B, la principale intéressée préfère parler de « violon folk ». Des archives sonores africaines qu’elle puise principalement dans le nord et à l’ouest du continent, pour se façonner sa propre identité.

«  Je ne sais pas si je viens du Soudan, je pourrais tout aussi bien être Nigériane… Je viens tout juste d’effectuer un test ADN pour savoir d’où viennent mes ancêtres », confie l’Africaine-Américaine, dont le premier extrait vidéo de Sink, « Nont For Sale«  n’est autre qu’un « hommage à la diaspora et la culture noire », éclaire celle qui s’est rendue pour la première fois en Afrique en 2017 pour tourner son premier clip, « Come Meh Way », au Ghana. « J’ai tourné ma première vidéo en Afrique, je ne pouvais pas espérer mieux ».

Arstiste performeuse

C’est flanquée d’une brassière rose à manches bouffantes XXL, d’un afro tout aussi volumineux et d’une paire de lunettes de soleil pop raccord avec sa tenue, que la performeuse surgit de la pénombre pour s’emparer de son instrument de prédilection. Dès les premiers pizzicati, le ton est donné… Quelques notes détonantes suffisent à ce que la concertiste, qui a appris à jouer à l’oreille dans le chœur de son église, investisse la scène à elle seule pour nous plonger dans son imaginaire. Un laboratoire d’expérimentations sonores convoquant les cordes nord-africaines et les boucles électroniques.

« Ma chambre a longtemps été mon studio d’expérimentations. Quand je suis sur scène, je suis encore dans ma chambre », confie l’autodidacte, qui s’est formée à l’aide d’un simple Iphone et de quelques applis de musique. Mi geek, mi femme orchestre, cette créature hybride située quelque part entre Sade et Björk – ces autres mentors – jongle du violon à la mandoline, du looper… au micro. Parce que Sudan, c’est aussi une voix suave et puissante, enroulée dans un nuage de réverbération.

Biberonnée aux sons qu’écoutait sa sœur ainée, allant de la soul de Marlena Shawn au hip hop de B2K, elle a également grandi aux côtés d’une mère amatrice de musique d’église et de jazz. Rien d’étonnant à ce qu’elle distille aujourd’hui un univers musical hors du temps et des tendances. C’est avant tout en créatrice de sonorités qu’elle se voit, en attendant de dévoiler un album – à paraître au courant de l’été de l’année prochaine -, où elle accordera autant d’attention aux mots qu’aux sons… « Sink est une œuvre sur l’expression de soi. Ce format EP est une vitrine de mes capacités d’improvisation ». Avec deux rappels réclamés par une audience conquise, pari réussi pour la bidouilleuse.