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« Méduse, cheveux afro et autres mythes » : un documentaire plus politique qu’esthétique

Méduse, cheveux afro et autres mythes

Johanna Makabi et Adèle Albrespy, deux amies passionnées de cinéma, sont à l’initiative de ce documentaire, qui sera projeté demain, à l’ENS de Paris. Le duo de réalisatrices s’est interrogé sur l’importance du traitement et de l’entretien des cheveux dans les cultures africaines.

Lorsqu’on lit le titre du documentaire, l’histoire des Gorgones nous vient rapidement en tête. Dans la mythologie grecque, ces trois sœurs malfaisantes arboraient une chevelure de serpent. Si quelqu’un avait le malheur de croiser leur regard, il se transformait en pierre, épouvanté par leur image. La plus connue des sœurs s’appelle Méduse.

« Ce mythe était, selon nous, la meilleure métaphore de notre film qui aborde la question des cheveux pour montrer comment la beauté des femmes noires semble ‘pétrifier’ la société dans laquelle nous vivons. De plus, il était intéressant d’introduire dans notre titre la notion de mythes, autrement dit toutes les histoires et les légendes, vraies ou fausses, qui se racontent autour des cheveux afro », expliquent les réalisatrices à la revue Ataye.

Pour cela, elles ont posé leur caméra dans des quartiers londoniens et parisiens, et elles ont voyagé à Dakar, ont parcouru Marseille, dans le but de filmer les différents types et techniques de coiffures : cornrows, tresses plates, tissage, afro, défrisage et toute la diversité qu’offre le cheveu afro. Quatre héroïnes aux histoires capillaires différentes, Romy, Cyn, Kami et Louise livrent intimement leur hair journey, la relation/rapport qu’elles ont avec leurs cheveux, parlent d’acceptation de soi.

« Nous abordons aussi la question de la transformation, de la « dénaturation » du cheveu à travers le défrisage ou bien le tissage, en se demandant comment, dès l’enfance, les standards de beauté imposés agissent sur la conscience et l’inconscient des femmes noires. Toutes ces questions mènent, pour finir, au « retour au naturel » et à la coupe afro : pourquoi le fait d’imposer le cheveu afro dans la sphère publique, devient une revendication et un choix extrêmement politique ? »

Les images véhiculées, les publicités ou les femmes visibles à la télé ont imposé des normes que subissent les femmes noires. Cette dictature du cheveu lisse – venue du passé colonial – est également présente dans les cultures noires où l’utilisation de produits chimiques afin de rendre les cheveux raides est courante voire recommandée.

Dans le documentaire, une femme raconte comment elle a cessé de polluer, transformer ses cheveux avec ces produits. Dorénavant coiffée d’un afro court, elle a été victime de moqueries de la part de sa famille et son entourage.

« C’est aussi à l’intérieur de ces communautés-là que les choses doivent changer. Mais, dans un pays comme la France, les choses changeront lorsque les pratiques autour du cheveu afro seront institutionnalisées, visibles, et accessibles. Il est par exemple déplorable de se dire qu’aujourd’hui en France il n’existe aucune formation dans les écoles de coiffure qui apprennent à traiter le cheveu crépu.. ».

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Des images bien choisies

Johanna Makabi et Adèle Albrespy ont décidé d’ajouter un peu de fiction dans Méduse, cheveux afro et autres mythes. Ainsi la première et dernière séquence sont mises en scène : « Au début du film, une jeune fille à la coupe afro s’avance dans Paris, avec la très reconnaissable Place de la République mais aussi le drapeau français qui permet d’ancrer notre court métrage dans un lieu donné, jusqu’à un salon de coiffure où elle décide de rentrer, salon où se déroulent de nombreuses scènes du documentaire ».

La dernière séquence se situe dans le sud de la France, avant l’Afrique : « Marseille , sur la plage du Prado où un groupe de femmes, de tous âges, aux cheveux crépus, se baigne. Cela permet d’illustrer avec ironie la place des femmes noires dans l’espace public, libre d’y dévoiler leurs cheveux. Ironique, car nous tentons de reprendre avec dérision l’esthétique des publicités ».

En attendant la suite de Méduse, cheveux afro et autres mythes que les réalisatrices sont actuellement en train de préparer, rendez-vous demain, mardi 12 juin à 19h à l‘ENS de Paris pour la projection du film, suivie d’une discussion en présence de la sociologue Juliette Sméralda.