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L’Afrique au féminin : vers la féminisation de la création audiovisuelle en Afrique

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Le groupe Canal + lance la 2e édition de L’Afrique au féminin, un programme de formation réservé aux jeunes talents africains évoluant dans les métiers de la production audiovisuelle.

Lancé en 2013, L’Afrique au féminin revient cette année. Un écart de cinq ans pour ce rendez-vous biannuel, initialement porté par une femme, laissé à l’abandon suite au départ de l’ancienne chargée de projet. Aujourd’hui repris par Grace Loubassou, fermement impliquée dans la question de la représentation des femmes dans l’audiovisuel, le projet accompagnera des JRI (journalistes reporters d’images) aux métiers de la création audiovisuelle. « Un marché en pleine expansion en Afrique subsaharienne, comme au Nigeria il y a 10 ans, et qui concerne tous les métiers (réalisateurs, comédiens, diffuseurs…) », assure Grace Loubassou.

Sept reporters venus du Mali, Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Cameroun, du Tchad et du Congo, ont donc été sélectionnés pour leurs compétences selon des critères précis (être déjà installé dans le monde de l’audiovisuel avec ou sans diplômes, avoir effectué au moins un stage dans une télé locale ou nationale, et un contenu à montrer). Ils auront la chance de se former pendant deux semaines et de bénéficier d’une bourse pour tourner leur propre documentaire de 13mn dans leurs villages respectifs.

Un secteur où les femmes sont sous-représentées

Particularité du concept : l’ouverture des candidatures aux femmes. « Les femmes sont sous-représentées dans ce secteur parce qu’elles ne bénéficient pas de formation. Dans la majeure partie des cas, ces dernières arrêtent l’école après le bac, souligne Grace Loubassou. Quand elles parviennent à se frayer un chemin dans le secteur, elles sont rarement derrière la caméra et officient souvent en tant que présentatrices de JT ».

Un environnement à dominante masculine où les formats sont généralement écrits, produits et mis en post-production par des hommes. La faute à une « société patriarcale où l’homme se retrouve à occuper des postes en lien direct avec l’argent, et la femme à montrer et expliquer à l’écran ce que l’homme dit », analyse-t-elle. Un modèle néanmoins « calqué sur le marché européen ou d’Amérique latine », complète la chargée de projet. Idem du côté de la fiction où la distribution des rôles est très segmentée. « Les femmes se retrouvent à jouer des rôles de mères ou de filles. On ne les voit pas tenir la caméra ou écrire de scénario ».

Pour autant, pas question de sombrer dans le quota. « On offre des opportunités à des femmes mais aussi à des hommes de rejoindre la formation, parce que tout le monde est essentiel au développement de l’audiovisuel, explique Grace Loubassou. La première édition était exclusivement réservée aux femmes. Si en termes d’image, c’était top, sur les 13 femmes, seules quatre d’entre elles ont continué à faire carrière dans l’audiovisuel, et trois seulement ont de vraies carrières en tant réalisatrices-productrices ». La féminisation des métiers a le vent en poupe. Si elle est un sujet vendeur, ce n’est pas un argument pour la chaîne qui entend surtout miser sur des profils de choix.

La place de la femme dans la société africaine

Si les profils sont mixtes, le thème des documentaires sera axé sur la place de la femme dans la société africaine pour les émissions du groupe (Réussite, Enquête d’Afrique etc.). Aux côtés des thématiques évidentes comme la carrière des femmes, des sujets plus audacieux, qu’on attend moins. Parmi lesquels, les femmes aux métiers d’hommes, la sexualité des femmes, les femmes itinérantes, etc.

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Avec l’avènement des blogs et des chaînes YouTube, l’auto-formation est devenue plus facile… Mais le DIY est souvent de mise. « Si les femmes ont l’habitude de se prendre en vidéo et de monter, cela manque parfois de fond journalistique, de terrain etc.», éclaire Grace. Raison pour laquelle la formation sera particulièrement centrée sur la phase de montage, l’écriture de la voix off, la sélection des plans, et la réalisation d’une bande-annonce pour vendre le reportage… Une formation essentiellement technique, la partie théorique étant généralement acquise ou facilement ajustable.

Les cinq meilleurs documentaires seront présentés lors d’une émission spéciale des Mardis de l’Afrique sur Canal +, et diffusés en exclusivité lors de la prochaine édition du FESPACO (Festival panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou) du 23 février au 2 mars 2019, puis à l’antenne à l’occasion de la journée de la femme 2019.