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[La Radio des bonnes nouvelles] Gerty Dambury et ses ondes féministes !

gerty dambury

L’écrivain et metteure en scène guadeloupéenne, Gerty Dambury, présentait sa pièce musicale, La Radio des bonnes nouvelles, les 19 et 20 juin derniers au FGO Barbara de Paris. Emission de bonnes ondes et ode aux figures féminines ayant marqué l’histoire.

Sur la scène du FGO Barbara (Paris, 18e), des micros pendouillent du plafond. Elles sont trois actrices, noires et blanches, accompagnées de deux musiciennes – une batteuse et une guitariste – campant tour à tour, sans distinction de couleur de peau, Louise Michel, Théroigne de Méricourt, Gerty Archimède, Angela Davis, Ida Wells-Barnett et Claudia Jone… Certains noms sont familiers… D’autres ne nous évoquent pas grand-chose.

Transmission

Pourtant, ce sont autant de figures féminines révolutionnaires et militantes féministes ayant impacté l’histoire de leur pays. De la France aux États-Unis, en passant par les territoires ultra-marins. « C’est un exercice qui fait appel à la mémoire. Je donne le contexte aux spectateurs… La pièce s’accompagne d’un livre avec les six biographies des femmes », complète Gerty Dambury.

Un programme pédagogique – d’ailleurs présenté au Lycée Hyacinthe Bastaraud de Marie-Galante, Guadeloupe – qui a le mérite de mettre en lumière des icônes peu ou mal connues. « J’ai surtout pensé à l’humour. Ce n’est pas une pièce de théâtre qui porte une théorie, le but étant de faire passer des messages à coup de petites accroches », avoue la metteure en scène qui n’a pas voulu tomber dans l’écueil du misérabilisme.

Légère et divertissante, rythmée par un habillage sonore en live, cette radio DIY s’attaque aux sujets les plus évidents comme l’égalité femmes-hommes, la répartition des tâches ménagères, les inégalités salariales, mais aussi des viols de guerre. Au programme : interviews en mode fiches Wikipédia – sorte de « critique des médias » – réclames sexistes – pour pointer du doigt la société patriarcale -, des champs militants, danses et morceaux de textes choisis des héroïnes anonymes retranscrits dans la bouche des actrices.

Afro-féminisme et parole globale

Nous sommes en 2020, un futur assez proche, et pourtant les femmes ont pris le pouvoir. Utopie complète ! A moins que ce ne soit une dystopie… Les hommes se rebellent et l’un des personnages fictifs ferait même référence à un dénommé Yvan Dallaire, masculiniste canadien revendiqué. « Il a la même parole que Napoléon en 1804. Selon lui, la société est structurée par les hommes et les femmes doivent rester à leur place ».

Rien d’étonnant à ce que dans la salle, pleine à craquer ce soir-là, l’audience ait été majoritairement féminine et essentiellement composée d’afro-féministes et d’intellectuelles (Amandine Gay, Françoise Vergès etc.). « Les questions que nous posions à la fin des années 70 et au début des années 80 sont exactement les mêmes que se posent les afro-féministes aujourd’hui », souligne l’ancienne membre de la coordination des femmes noires. Les afro-féministes sont accusées de communautarisme et même taxées de racisme anti-Blancs. Or, nous sommes obligées de porter notre parole, dans la mesure où le mouvement féministe mainstream n’a jamais pris en compte les questions spécifiques liées aux femmes noires », complète celle qui tient toutefois à porter une parole globale.

La distribution des rôles parle d’elle-même. Le choix des icônes mises en avant aussi. Aux côtés de la première journaliste africaine-américaine et rédactrice en chef d’un journal, une anarchiste française et l’une des figures de proue de la commune de Paris… « N’importe qui devrait pouvoir représenter scéniquement n’importe qui, l’égalité va dans les deux sens, s’exclame Gerty.

« Pour cette représentation, il y avait des femmes afro, queer, des femmes blanches. Nous avons occupé le boulevard de Porte de la Chapelle pendant une soirée, dans ce quartier dit sensible, là où un mouvement de femmes dénonçant le harcèlement de rue a vu le jour, et où l’on m’a dit – avant d’y être programmée – qu’aucune femme ne viendrait à cause du sentiment d’insécurité. Et on a finalement pris le quartier ! », s’enthousiasme celle qui reste animée par un désir de transformation de la société qui ne serait plus fondée sur le principe de hiérarchie. Et qui refuse le féminisme punitif. Occuper l’espace public et les champs artistiques pour redéfinir le monde, voilà ce à quoi s’attelle Gerty Dambury.