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Playlist : les morceaux les plus politiques sur la condition noire américaine

Pour faire état de la situation des Noirs aux États-Unis, de nombreux artistes ont diffusé un message à visée politique dans le but d’éveiller les consciences et d’emmener la communauté à s’émanciper. ITC vous propose de (re)découvrir 5 titres emblématiques du genre.

Du mouvement des Black Panthers (milieu des années 60) à celui de Black Lives Matter aujourd’hui, le peuple africain-américain se bat depuis toujours pour faire valoir ses droits et réclamer justice et égalité.

Prenant au mot la citation de Platon disant que « pour connaître un peuple, il faut écouter sa musique », les artistes ont choisi de partager toutes leurs frustrations ou revendications. Le blues, genre constitutif de l’émancipation des Noirs, amènera ensuite d’autres genres musicaux à s’emparer de la question de la condition noir : Rythm and blues, rap, R&B…

Childish Gambino décrit l’Amérique qu’on ne veut pas voir

Impossible de ne pas mentionner Childish Gambino – également connu en tant qu’acteur et producteur sous le nom de Donald Glover- qui a frappé fort cette année avec « This is America ». Dans ce clip poignant révélé en mai dernier, le rappeur exploite tout son potentiel artistique pour livrer un portrait de l’Amérique qu’on ne veut pas voir. Une Amérique raciste à l’ère de Trump où les Noirs meurent sous les coups de bavures policières.

« This is America, don’t catch you slippin now/Ici c’est l’Amérique, ne te fais pas avoir ». Dans le clip qui recense plus de 3 millions de vue, on voit des Noirs danser le gwara gwara – une danse issue du Nigeria – en premier plan, et d’autres se faire tuer et quitter rapidement le champ de la caméra. L’artiste pointe du doigt cette Amérique blanche qui aime la culture noire, mais pas les Noirs eux-mêmes.

Pour Kendrick Lamar tout est « Alright »

Kung Fu Kenny, T.GOD, plus communément appelé Kendrick Lamar, s’inscrit dans un genre que l’on qualifie de « néo-conscient », marquant ceux qui l’écoutent avec des problématiques inspirées de la condition noire aux Etats-Unis.

Avec le titre « Alright », extrait de son album To Pimp a Butterfly sorti en 2015, le rappeur « turn negative into positive » (tourne le négatif en positif). Sur fond de trap joyeuse, il fait état des violences policières dont sont victimes quotidiennement les Noirs, et de l’impunité qui en découle. Son clip en noir et blanc réalisé par Collin Tilley cumule à ce jour 827 000 vues.

« Nigga, we gon’ be alright/We gon’ be alright/Do you hear me do you feel me, we gon be alright »

Nous allons être bien/est ce que tu m’entends/nous allons être bien ».

N.W.A, les effrontés face à la police

Nous sommes en août 1988, à Compton, ville du comté de Los Angeles. Le groupe N.W.A (Niggers with attitude) – qui a vu passer Dr.Dre, Ice Cube et Eazy E – vient de sortir le titre qui sera considéré comme le plus connu et emblématique de sa carrière. F**k Tha Police raconte les tensions entre les jeunes africains-américains et les forces de l’ordre.

F’ the police comin’ straight from the underground/A young nigga got it bad ’cause I’m brown/And not the other color so police think/They have the authority to kill a minority/

Au vu des paroles de ce morceau protestataire, le FBI adressera un avertissement au groupe de Compton.

Ici, les artistes ne souhaitent pas seulement affronter l’autorité mais lancer un message de ras-le-bol face aux nombreuses injustices dont ils sont victimes à cause de leur couleur de peau et leur statut social.

La fierté noire impulsée par James Brown

Le « Godfather of soul » représente à lui tout seul une inspiration pour de nombreux artistes : Michael Jackson, Prince, Chris Brown et bien d’autres… Dans son single « Say It loud », I’m Black and I’m Proud » (Dis-le tout haut, je suis noir et je suis fier), qu’il diffuse en 1968, James Joseph Brown permet de remettre les Noirs en valeur, et les pousse à être fiers de leur couleur de peau et de leur origine. Son discours chanté survient après le meurtre de Martin Luther King, au début des émeutes raciales de Chicago. « Certaines personnes disent que nous avons beaucoup de malice, certains disent que c’est beaucoup de nerfs et d’audace. Je dis que nous ne bougerons pas, tant que nous n’obtiendrons pas ce que nous méritons ».

Sam Cooke et son ode à la liberté

Le chanteur et compositeur de soul américaine Sam Cooke s’inspire d’une injustice qu’il rencontre en Louisiane après que ses amis et lui se voient refuser une chambre de motel à cause de leur couleur de peau. Le titre « A change is gonna come », sort en mars 1964, et fait partie de la face B du single « Shake » qui sera repris quelques temps plus tard par Otis Redding. Dans ce titre, l’artiste revient sur l’oppression des Noirs. Et sur leur combat pour l’émancipation. Il y est question du mouvement des droits civiques et de la volonté de mettre fin aux lois ségrégationnistes. Ces lois finiront par être adoptées six mois plus tard, déclarant illégale toutes discriminations liées à la race, la couleur, la religion, le sexe ou encore l’origine nationale.

Il est possible de remarquer au sein du titre une certaine notion d’optimiste dans la voix de Sam Cooke qui annonce savoir, que tôt ou tard, un changement va arriver. Un morceau prémonitoire donc.

Les mots de l’ancien chanteur de gospel seront repris quarante ans plus tard par le premier président noir des États-Unis, Barack Obama. Après sa victoire aux élections présidentielles, l’homme politique prononcera : «  Cela a pris beaucoup de temps, mais aujourd’hui, on peut dire qu’un changement est arrivé aux États-Unis ».