article

Interview du chef congolais Dieuveil Malonga

Dieuveil Malongo

La Fête de la gastronomie a commencé ! Entretien avec le Chef congolais, Dieuveil Malonga, avant ses rencontres culinaires, les 24 et 25 septembre !

Chef « itinérant » congolais, initiateur des Kitchen Party, concept promouvant la cuisine africaine à l’international autour d’une formule typée after work et d’une thématique culinaire, et de la plateforme « socio-business » Chef in Africa, Dieuveil Malonga a fait ses armes en Allemagne. Puis en France, après un passage dans l’émission Top Chef (édition 2014). Mais sa meilleure école reste sans conteste celle qu’il s’est bâti, en allant à la rencontre des grand-mères africaines, de la Côte d’Ivoire au Cameroun, en passant par le Gabon.

C’est la première fois que vous participez à la fête de la gastronomie, que représente cette initiative pour vous ?

J’ai été invité par le Ministère de l’économie, suite à mon intervention à la Sorbonne où j’ai présenté mes différents projets (Kitchen Party, Chef in Africa, ndlr). J’ai tout de suite accepté de participer à cette édition, dans la mesure où l’objectif cette année est de présenter des plats populaires du monde. Et pour ma part, ceux de l’Afrique, en les revisitant de manière plus tendance et en respectant mon identité culinaire.

dieuveil malongo
© Paul Tova

Ma force est de créer ce brassage entre la France et l’Afrique. J’ai cet avantage de me rendre quasiment tous les mois en Afrique pour aller à la rencontre des grand-mères et apprendre de nouvelles recettes. Je les observe, puis j’adapte leurs méthodes aux miennes, surtout pour la cuisson. Les mamies ont le temps, mais pas moi… (rires) ! Elles sont ma première source d’inspiration. Je gastronomise leurs plats. La cuisine française avant la guerre mondiale n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. Il y avait des ragoûts, des plats populaires. Ce n’est qu’ensuite qu’elle s’est modernisée. Je souhaite que la cuisine africaine emprunte ce chemin.

Redonner ses lettres de noblesse à la cuisine africaine, passe aussi par le dressage. Vous qui êtes passé par Top Chef : le visuel, c’est important pour vous ?

Je mets parfois deux mois à élaborer une assiette autour d’une recette. Le dressage est une question d’histoires et d’ingrédients. Dès que j’ai le visuel, je retravaille sur le goût. Je suis dans le registre de la gastronomie, je suis passé par les grandes tables et les maisons étoilées, donc l’assiette doit fatalement être un peu « fine ». On est loin des 4kg de viande dans l’assiette (rires) ! En gastronomie, on parle de dégustations qui peuvent aller parfois jusqu’à 12 plats. Le côté minimaliste de l’assiette est un passage obligé. Ou bien, il faut avoir l’appétit d’un éléphant !

Dieuveil Malongo
L’afro fusion selon le chef Dieuveil Malonga – © Orphee Noubissi Photography

Comment ce brassage va se cristalliser dans l’assiette, à l’occasion de la Fête de la gastronomie ?

Je vais utiliser des produits locaux français, comme l’agneau et le poulet. Puis, je vais agrémenter mes plats d’épices venues du continent, et en particulier de quatre pays – Congo, Cameroun, Côte d’Ivoire et Gabon -, et avoir recours à des techniques de préparation africaines.

Qu’avez-vous envie de transmettre aux convives, et de manière générale, à travers votre cuisine ?

Derrière chaque plat africain que je travaille, il y a une histoire. L’objectif est donc de la transmettre, de partager ce moment en racontant les histoires que j’ai vécues en traversant les pays d’Afrique. J’aime parler des produits. La cuisine, c’est le partage, l’échange. L’Afrique est le jardin du monde, il y a plein de produits, de fruits notamment, que les gens ne connaissent pas.

Dieuveil Malongo
© Paul Tova

La cuisine est un métier où l’on apprend tous jours, surtout quand on voyage comme vous…

Quand je vais en Afrique, je suis comme un enfant. Depuis que je fais ces allers-retours Europe-Afrique, je découvre énormément d’épices. Au Cameroun, j’ai découvert le poivre du Penja, au Gabon, le chocolat indigène, en Côte d’Ivoire, des épices pour les grillades, la graine de Djansan. Et j’aime beaucoup les variétés de citronnelle !

J’aime apprendre. Je compare le fait de cuisiner au fait de jouer du piano : plus on s’exerce et meilleur on est.

Dieuveil Malongo
Dessert à base de chocolat indigène – © Orphee Noubissi Photography

Pouvez-vous en dire plus sur vos projets à venir, et en particulier sur Chef in Africa ?

Mon objectif est d’avoir mon propre labo en Afrique, en Côte d’Ivoire par exemple, pour faciliter les interactions autour des Kitchen Party.

Quant à Chef in Africa, il s’agit d’un concept que j’ai créé pour les chefs africains, qui pourront mettre en avant leur profil sur la plateforme dédiée; qui sera active dès octobre. Nous sommes allés à la rencontre de 100 chefs déjà, on les a interviewés, on a réalisé des shootings etc. Parce qu’on ne les connait pas assez, on n’échange pas suffisamment sur eux. Beaucoup d’entreprises sont venues vers moi parce qu’elles recherchaient des chefs.Nous souhaitons leur donner de la visibilité. Et ce dès l’apprentissage aussi : nous allons donc organiser des compétitions, une sorte de food académie, avec les écoles de cuisine panafricaine. Le but étant d’aider les chefs à trouver du travail, de mettre la lumière sur les agriculteurs aussi, le produit. J’aime dire qu’il s’agit d’une sorte de Pôle Emploi de la gastronomie africaine, un projet « socio-business » !

dieuveilmalonga.com/index.